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ÉLECTIONS

Édouard Philippe en 2027 : pourquoi son bilan à Matignon peut encore rassurer autant que diviser les électeurs

L’ancien Premier ministre veut transformer son passage à Matignon en atout pour 2027. Mais ses choix sur les 80 km/h, Notre-Dame-des-Landes et Fessenheim restent des repères clivants pour les électeurs.

Ce que les électeurs retiennent vraiment

À quelques années d’une présidentielle, un ancien Premier ministre peut se présenter comme un homme d’expérience. Mais il doit aussi répondre à une question simple : que vaut son bilan, concrètement, pour ceux qui ont subi ses choix au quotidien ? C’est tout l’enjeu pour Édouard Philippe, dont les adversaires veulent transformer ses années à Matignon en passif politique. Lui, au contraire, cherche à en faire un certificat de sérieux.

Le sujet n’est pas théorique. En campagne, les mesures qui restent en mémoire sont souvent celles qui ont touché le plus de monde : la vitesse limitée à 80 km/h sur les routes secondaires, la renonciation à Notre-Dame-des-Landes ou encore l’arrêt de Fessenheim. Autrement dit, les promesses d’avenir se heurtent à des souvenirs très précis. Et ces souvenirs ne profitent pas aux mêmes acteurs. Les automobilistes, les riverains, les élus locaux, les écologistes ou les partisans d’un État plus ferme n’en tirent pas la même lecture.

Pourquoi ces dossiers reviennent maintenant

Édouard Philippe a dirigé le gouvernement de 2017 à 2020, sous Emmanuel Macron. C’est ce passage à Matignon qu’il revendique désormais, en expliquant qu’il fut le Premier ministre d’un temps où “réformer la France” avait encore un sens. Le calendrier compte. Plus la présidentielle de 2027 approche, plus chaque prétendant est sommé de choisir : endosser le bilan du pouvoir ou s’en détacher. Philippe tente une troisième voie. Il assume son héritage, tout en disant qu’il incarne autre chose que le macronisme de la fin.

Ce choix est logique sur le plan politique. Un candidat sans passé gouvernemental peut promettre beaucoup. Un ancien chef du gouvernement, lui, doit expliquer ce qu’il a fait, pourquoi il l’a fait, et ce qu’il ferait différemment. C’est précisément ce qui le distingue d’un Gabriel Attal, plus exposé à l’étiquette de continuité immédiate. Philippe, lui, dispose d’un bilan plus ancien, donc plus “travaillé” par le temps. Mais ce recul n’efface pas les traces laissées dans l’opinion. Il les fige souvent davantage.

Les dossiers qui pèsent sur lui

Premier caillou dans la chaussure : les 80 km/h. La mesure a été décidée lors du comité interministériel de la sécurité routière du 9 janvier 2018, avec une hausse de la controverse presque immédiate. L’argument du gouvernement était clair : sur les routes bidirectionnelles hors agglomération, une baisse de la vitesse maximale devait réduire les accidents mortels. L’ONISR rappelait alors que ce réseau concentrait une part importante de la mortalité routière. Mais pour beaucoup d’automobilistes et d’élus ruraux, la mesure a symbolisé une décision jugée verticale, imposée depuis Paris à des territoires où la voiture reste indispensable.

Deuxième dossier : Notre-Dame-des-Landes. Le 17 janvier 2018, Édouard Philippe a annoncé l’abandon du projet d’aéroport au profit du réaménagement de l’existant. Politiquement, le renoncement a désamorcé une crise ancienne. Mais il a aussi nourri l’image d’un gouvernement contraint de reculer après des années de bras de fer. À droite, ce souvenir reste utile pour une critique récurrente : l’État aurait manqué de constance et de poigne. Pour les habitants et les collectivités concernées, la décision a clos un conflit. Pour les adversaires de Philippe, elle a laissé l’idée d’une autorité qui plie.

Troisième marqueur : Fessenheim. Le premier réacteur a été arrêté le 22 février 2020, puis le second le 30 juin 2020, actant la fermeture définitive de la centrale. Là encore, deux lectures s’affrontent. Les soutiens de la sortie du nucléaire y voient une décision cohérente avec la transition énergétique. Les opposants y lisent un symbole de recul industriel et de fragilité énergétique. Ce dossier est d’autant plus sensible que Fessenheim reste associée, dans le débat public, à la question de la souveraineté énergétique. Et sur ce terrain, l’image d’un dirigeant “qui ferme” peut coûter cher à un candidat qui veut rassurer.

Ce que ces choix changent pour les Français

Le bilan de Matignon ne touche pas tout le monde de la même manière. Pour les salariés, les apprentis ou les jeunes entrés sur le marché du travail, la période Philippe est aussi associée à des réformes du travail et de la formation. L’Insee rappelle que le nombre d’apprentis a plus que doublé en cinq ans, sous l’effet de la loi de 2018 sur la liberté de choisir son avenir professionnel et de l’aide exceptionnelle lancée en 2020. Pour les entreprises, surtout les plus petites, cet essor a facilité le recrutement. Pour les familles et les jeunes des classes populaires, il a aussi ouvert davantage de portes vers l’emploi.

Mais ce bénéfice ne suffit pas à neutraliser les critiques. Dans l’arène présidentielle, les rivaux cherchent moins à discuter l’efficacité d’une réforme qu’à enfermer un candidat dans une image. Ici, l’image visée est celle d’un homme déjà essayé, donc déjà jugé. François-Xavier Bellamy résume cette ligne d’attaque en disant ne pas savoir si Édouard Philippe a vraiment incarné, par son action à Matignon, “le bilan de la droite” et s’il peut incarner une droite crédible. Dit autrement : les concurrents veulent faire du passé un plafond politique.

Le récit que Philippe veut imposer

Face à cela, Édouard Philippe choisit de ne pas fuir son passage à Matignon. Il parle de réussite économique, de baisse du chômage, de maîtrise des déficits et du développement de l’apprentissage. Il sait qu’un candidat qui paraît gêné par son propre passé donne des armes à ses adversaires. Son pari est donc simple : transformer les dossiers controversés en signes de décision, et non en preuves d’incohérence. C’est une bataille d’interprétation autant qu’une bataille de programme.

Le problème, pour lui, tient au rapport de force. Ses soutiens peuvent mettre en avant la stabilité, la réforme et une forme de pragmatisme. Ses adversaires, eux, n’ont qu’à rappeler des décisions très identifiables et très clivantes. La fermeture de Fessenheim parle à l’électorat pro-nucléaire. Les 80 km/h parlent aux automobilistes et aux territoires ruraux. Notre-Dame-des-Landes parle à ceux qui attendent un État qui tranche sans reculer. Chaque camp y trouve donc une matière politique différente. Et c’est bien pour cela que le bilan devient un piège autant qu’un atout.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La suite se jouera sur deux fronts. D’abord, la capacité d’Édouard Philippe à parler d’avenir sans rester prisonnier de ses années à Matignon. Ensuite, la capacité de ses concurrents à faire de son passé un raccourci commode. Dans les prochains mois, chaque déplacement, chaque prise de parole et chaque clarification sur ses positions passées comptera. Car en 2027, le vrai test ne sera pas seulement de savoir ce qu’il a fait. Ce sera de voir si les électeurs veulent encore l’autoriser à faire autrement.

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