Jordan Bardella vise Matignon en 2027 : son livre expose les ambitions du RN, mais laisse ouvertes les questions du pouvoir
Dans son nouveau livre, Jordan Bardella critique ses adversaires et réaffirme son soutien à Marine Le Pen, candidate du RN pour 2027. Reste à convaincre sur le financement des propositions et la capacité du parti à obtenir une majorité parlementaire.

Photomontage réalisé par IA à partir d'une photo Wikimedia Commons (ManoSolo13241324, CC0).
Jordan Bardella publie son troisième livre et y défend sa place dans le projet du RN pour la présidentielle de 2027, tout en affichant sa fidélité à Marine Le Pen. Ses critiques contre ses adversaires ne répondent pas aux questions décisives pour les électeurs : comment financer les mesures annoncées et réunir une majorité parlementaire capable de gouverner ?
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Un candidat peut-il promettre de gouverner sans expliquer comment il fera voter ses décisions et financer ses engagements ? Avec son troisième livre, Jordan Bardella cherche à convaincre qu’il peut passer de l’opposition à Matignon.
Un livre pour installer le scénario de 2027
Gouverner paraît chez Fayard le mercredi 4 novembre 2026. La date mérite une précision : le 3 novembre tombe un mardi, contrairement à l’indication accompagnant initialement sa sortie. L’éditeur présente l’ouvrage comme un mélange de récit politique et de programme pour 2027, dans sa présentation du troisième livre de Jordan Bardella.
Le président du Rassemblement national occupe une place particulière dans cette préparation. Marine Le Pen porte la candidature présidentielle. Lui se projette à la tête du gouvernement. Lors de son entretien télévisé du 3 novembre, il a de nouveau présenté Matignon comme son objectif, sous réserve du choix des Français.
Le livre, annoncé avec un tirage de 125 000 exemplaires, sert donc deux ambitions complémentaires. Il donne au RN un support de campagne. Il permet aussi à son président d’affirmer sa stature personnelle, sans contester ouvertement la place de Marine Le Pen.
La fidélité affichée après une ambition contrariée
Cette répartition des rôles découle notamment du dossier judiciaire de Marine Le Pen. Le 7 juillet 2026, la cour d’appel de Paris l’a condamnée pour détournement de fonds publics. Les quinze mois d’inéligibilité ferme prononcés correspondaient alors à une période déjà purgée depuis le jugement du 31 mars 2025. La décision lui ouvrait ainsi une perspective de candidature, comme l’explique le décryptage des motivations de la cour d’appel.
Marine Le Pen a annoncé sa candidature le soir même. Elle a également annoncé un pourvoi en cassation, un recours qui porte sur l’application du droit. Son retour dans la course a refermé le scénario d’une candidature de remplacement de Jordan Bardella.
Dans son ouvrage, celui-ci reconnaît une réaction moins sereine que ses déclarations publiques de l’époque. « J’ai peut-être accusé le coup », écrit-il à propos de son visage fermé lors d’un déplacement à La Flèche, le lendemain.
Il réaffirme néanmoins sa confiance envers Marine Le Pen. Politiquement, cette fidélité bénéficie aux deux dirigeants. Elle préserve l’autorité de la candidate et offre à Bardella une perspective de pouvoir. Pour les militants, elle cherche surtout à écarter l’image d’une rivalité au sommet.
Les attaques contre les concurrents remplacent-elles la démonstration ?
Une partie du livre repose sur des portraits mordants des responsables politiques. Édouard Philippe devient un « macroniste honoraire ». Gabriel Attal apparaît comme un dirigeant adaptant ses engagements aux étapes de sa carrière. Élisabeth Borne, Michel Barnier et François Bayrou subissent également ses critiques.
Xavier Bertrand figure parmi les cibles les plus appuyées. Le président des Hauts-de-France incarne une concurrence directe pour l’électorat de droite. Bardella attaque aussi Éric Zemmour et Sarah Knafo, auxquels il reproche de privilégier leur visibilité et leur différence avec le RN.
La logique politique apparaît nettement : disqualifier les gouvernants précédents et limiter les concurrences sur sa droite. Le RN espère ainsi rassembler les électeurs déçus sans laisser Reconquête capter ceux qui réclament une ligne plus radicale.
Mais une faiblesse chez un adversaire ne démontre pas la solidité d’un programme. Pour les électeurs, la question reste celle des décisions proposées, de leur coût et des moyens nécessaires pour les appliquer.
Gouverner suppose une majorité et des arbitrages financiers
Matignon ne constitue pas une fonction attribuée automatiquement par une victoire présidentielle. Le président de la République nomme le Premier ministre. Ensuite, celui-ci doit disposer d’appuis parlementaires suffisants pour conduire son action. Les règles de nomination et de fonctionnement du gouvernement distinguent bien ces étapes.
Le précédent de 2024 rappelle cette contrainte. Une Assemblée sans majorité absolue complique l’adoption des textes et fragilise le gouvernement. Une motion de censure, vote par lequel les députés peuvent le renverser, transforme alors les rapports de force parlementaires en enjeu quotidien.
La difficulté concerne aussi les finances publiques. Une analyse du CEVIPOF sur les droites et leurs propositions économiques, publiée en mars 2026, souligne les tensions du programme RN. Le parti associe redistribution vers les catégories populaires, protectionnisme et propositions plus libérales destinées à convaincre d’autres électeurs de droite.
Cette analyse apporte un contrepoint concret au discours de préparation au pouvoir. Elle relève que plusieurs recettes du contre-budget RN pour 2026 reposent sur des chiffrages contestés, notamment concernant l’immigration et la contribution française à l’Union européenne. Ces réserves concernent ce contre-budget, pas une évaluation complète du nouveau livre.
Les arbitrages ne toucheraient pas tous les publics de la même manière. Les ménages modestes peuvent attendre des mesures redistributives. Les entreprises regardent davantage les prélèvements et les règles économiques. Réunir leurs attentes dans une campagne ne garantit donc pas de pouvoir les satisfaire simultanément.
Les accusations contestées et les prochains tests
Enfin, Bardella revient sur des messages antisémites datant de 2013 que des enquêtes lui attribuent. Il nie en être l’auteur et présente ces publications comme une tentative de le faire tomber. Son démenti doit rester clairement distinct des accusations : ni l’un ni les autres ne permettent, seuls, de trancher leur authenticité.
La sortie du livre ouvre désormais une séquence de lancement et de dédicaces, avec une première rencontre annoncée à Hénin-Beaumont. Au-delà de cette visibilité, deux éléments permettront d’évaluer sa préparation dans les prochaines semaines : les précisions apportées au financement des engagements et la traduction parlementaire du tandem proposé pour 2027.



