Le RN prépare une succession sous tension : Bardella en plan B si Le Pen est empêchée en 2027
La décision de la cour d’appel de Paris peut rebattre les cartes pour 2027. Au RN, Jordan Bardella reste en réserve, tandis que le congrès d’Orléans doit trancher le nom du candidat.

Une présidentielle qui se joue d’abord dans un tribunal
Pour le Rassemblement national, la question n’est plus seulement de savoir qui affrontera Emmanuel Macron en 2027. Elle est devenue très concrète : si Marine Le Pen est empêchée de se présenter, Jordan Bardella prendra le relais. Et, dans tous les cas, le parti veut garder la main sur son organisation interne.
Le calendrier judiciaire donne le tempo. La cour d’appel de Paris doit rendre sa décision le 7 juillet 2026 dans l’affaire des assistants parlementaires européens, un dossier né de l’emploi contesté de collaborateurs payés avec des fonds du Parlement européen. En mars 2025, la justice avait déjà condamné Marine Le Pen et plusieurs autres responsables du parti, avec une peine d’inéligibilité immédiatement exécutoire. C’est ce point qui rend l’échéance de juillet décisive pour la suite.
Le RN a donc choisi d’organiser son plan de bataille avant même de connaître l’issue du procès. Le nom du candidat à la présidentielle sera tranché à huis clos, lors du congrès du parti prévu le samedi 24 octobre à Orléans. Si Marine Le Pen est condamnée en appel, Jordan Bardella est considéré comme le candidat naturel du RN pour 2027.
Le parti verrouille la machine
Le choix du huis clos n’a rien d’anodin. Il permet au RN d’éviter un débat public trop visible entre deux figures qui, sur le papier, incarnent toutes les deux le parti. Marine Le Pen reste la chef de file historique. Jordan Bardella, lui, incarne la génération montante, avec un avantage clair : il n’est pas fragilisé par le dossier judiciaire qui pèse sur sa aînée.
Le scénario le plus probable, à ce stade, est donc simple : Marine Le Pen conserve le statut de référence politique du camp, mais Bardella peut devenir le candidat de substitution si la décision d’appel confirme son inéligibilité. Cette séparation des rôles permet au parti de ne pas se retrouver sans plan B au moment où la campagne présidentielle commencera réellement à se structurer.
Ce choix est aussi un signal interne. Il dit aux cadres du RN que le parti veut continuer à fonctionner comme une machine électorale disciplinée, même avec une menace judiciaire au-dessus de sa tête. En clair, la bataille présidentielle se prépare déjà comme si le scénario Bardella était possible. Et au RN, beaucoup le traitent désormais comme une option centrale, plus seulement comme une assurance de secours.
Ce que cela change, concrètement, pour le RN
Pour Marine Le Pen, l’enjeu est évident : conserver la capacité d’être candidate si la justice ne confirme pas l’inéligibilité. Pour Jordan Bardella, l’enjeu est presque inverse : s’imposer sans apparaître comme celui qui pousse la patronne vers la sortie. Le parti doit donc tenir deux discours à la fois. Dire que Marine Le Pen reste la candidate évidente. Et préparer méthodiquement l’hypothèse où elle ne le sera pas.
Cette ambiguïté a un avantage politique. Elle évite une guerre ouverte au sommet. Mais elle a aussi un coût. Plus le RN entretient le flou, plus il donne l’impression d’un parti suspendu à une décision de justice plutôt qu’à une dynamique politique autonome. Pour les concurrents, c’est une faiblesse exploitable. Pour les sympathisants, c’est un test de loyauté.
La différence entre les acteurs est nette. Les dirigeants du RN cherchent à préserver la continuité et à limiter les dégâts. Les électeurs, eux, regardent surtout la capacité du camp à rester crédible, quel que soit le nom sur l’affiche. Quant aux adversaires du parti, ils voient dans cette séquence la preuve qu’une partie de l’avenir présidentiel se joue d’abord sur un terrain judiciaire, et non dans un rapport de forces strictement électoral.
Les sondages récents nourrissent d’ailleurs cette lecture. Dans plusieurs mesures publiées ces derniers mois, Jordan Bardella apparaît au moins aussi performant, parfois davantage, que Marine Le Pen dans l’opinion et chez les sympathisants RN. Un sondage Odoxa publié en février 2026 montrait que 69 % des sympathisants du parti le jugeaient meilleur candidat pour 2027. Un autre baromètre publié en mars allait dans le même sens, en disant qu’au RN, Bardella « efface » Marine Le Pen.
Il faut toutefois lire ces chiffres avec prudence. Ils mesurent une préférence, pas une élection. Ils disent aussi quelque chose de plus politique : Bardella rassure une partie du camp parce qu’il incarne la continuité sans porter le risque judiciaire. Marine Le Pen, elle, reste la figure la plus connue, mais aussi la plus exposée. Le bénéfice n’est donc pas le même selon les camps : le RN protège sa ligne de succession, Bardella gagne en stature, et Le Pen garde la possibilité de rester au centre du jeu si le droit lui redonne l’initiative.
Les prochains mois vont trancher plus que des noms
La décision de la cour d’appel de Paris, attendue le 7 juillet 2026, restera l’étape la plus lourde. Si l’inéligibilité est confirmée, le RN devra verrouiller rapidement sa succession présidentielle. Si elle ne l’est pas, Marine Le Pen pourra tenter de reprendre tout l’espace politique. Dans les deux cas, le congrès d’Orléans du 24 octobre servira de test de discipline et de rapport de forces interne.
Il faudra aussi surveiller un autre point : la manière dont les adversaires du RN exploiteront cette séquence. À gauche comme au centre, l’idée sera probablement de rappeler que la présidentielle ne se résume pas à un duel de personnes, mais à une capacité à gouverner sans être rattrapé par les affaires. Le RN, lui, parie sur l’inverse : faire de l’anticipation judiciaire un signe de maîtrise politique. Les prochains mois diront si ce pari tient.



