Pourquoi Rima Hassan oblige LFI à choisir entre mobilisation militante et élargissement électoral pour 2027
Rima Hassan est devenue une figure clé de la stratégie de LFI. Mais sa centralité divise aussi la gauche, entre efficacité militante et risque d’isolement avant la présidentielle de 2027.

Quand une campagne se construit autour d’une figure qui divise, le risque est simple : séduire d’un côté, repousser de l’autre.
C’est exactement le pari qui se joue autour de Rima Hassan. Pour La France insoumise, l’eurodéputée franco-palestinienne est une voix utile, visible, combative. Pour ses adversaires, elle incarne au contraire un angle dur, souvent conflictuel, qui peut élargir le socle militant mais compliquer une conquête plus large en 2027.
Le sujet dépasse une simple querelle de communication. Jean-Luc Mélenchon a officiellement confirmé sa candidature à la présidentielle de 2027 le 3 mai 2026. Il a ensuite lancé sa séquence de campagne à Saint-Denis, le 7 juin, avec un discours sur une “nouvelle France”. Dans ce contexte, chaque visage mis en avant compte. Et chaque symbole aussi.
Le fait politique : LFI a choisi de faire de Rima Hassan un visage central
Rima Hassan n’est pas une figurante. Élue au Parlement européen en 2024, elle a très vite été placée au cœur des combats de LFI, surtout sur la Palestine. Le mouvement présente son parcours comme la preuve qu’il sait faire monter des voix nouvelles, issues de milieux et de récits rarement représentés dans la vie politique française.
Cette stratégie n’est pas nouvelle. Lors des européennes, LFI l’avait déjà installée comme une figure majeure de sa campagne. Le parti assumait alors une ligne très offensive sur Gaza, dans un climat déjà tendu. En 2025, LFI s’est encore mobilisée pour la soutenir lors de l’épisode du voilier Madleen, intercepté alors qu’il tentait de rejoindre Gaza avec de l’aide humanitaire. Le mouvement a aussi défendu l’eurodéputée après sa garde à vue en avril 2026, en dénonçant une enquête politique.
Autrement dit, LFI a fait de Rima Hassan plus qu’une élue : un marqueur. C’est un atout pour mobiliser un électorat déjà convaincu. Mais c’est aussi une prise de risque, car la même figure peut cristalliser des inquiétudes au-delà du noyau dur.
Ce que cela change concrètement pour Mélenchon
Dans une présidentielle, la bataille ne se gagne pas seulement sur l’adhésion des militants. Elle se gagne aussi sur la capacité à ne pas effrayer les électeurs hésitants. Or Rima Hassan concentre plusieurs lignes de fracture : le conflit israélo-palestinien, la place de l’anticolonialisme dans le discours de LFI, et la manière dont le parti parle aux quartiers populaires sans enfermer ces électeurs dans une seule question.
Pour les soutiens de la députée, sa force est justement là. Elle parle net, elle porte un conflit international avec une cohérence rare, et elle incarne une génération politique qui refuse les demi-teintes. Pour ses détracteurs, cette radicalité brouille le message de campagne et renforce l’image d’un mouvement davantage tourné vers la confrontation que vers le rassemblement.
Le point sensible, pour LFI, est électoral. Rima Hassan aide à souder une base militante très engagée sur la Palestine. Mais cette même centralité peut compliquer les alliances, y compris à gauche. Plusieurs responsables écologistes ont déjà dit leur malaise face à la manière dont LFI l’utilise, en parlant d’une “mythification” ou d’un usage trop électoral de sa personne. Ce n’est pas un détail : quand un camp veut élargir, il doit aussi rassurer.
Il faut aussi regarder la géographie politique. Dans certains quartiers populaires, la cause palestinienne mobilise fortement. Dans d’autres espaces, surtout plus centraux ou plus modérés, la surenchère verbale peut produire l’effet inverse. LFI cherche donc à faire coexister deux objectifs difficiles : fidéliser un électorat sensible aux conflits internationaux et ne pas se fermer la porte d’un second tour, ou d’un élargissement décisif au premier.
Des bénéfices clairs, mais pas les mêmes pour tout le monde
Pour Jean-Luc Mélenchon, l’intérêt est immédiat. Rima Hassan donne de la visibilité, du rythme, et une incarnation à sa ligne de rupture. Elle attire l’attention médiatique et parle à un électorat jeune, politisé, très présent sur les réseaux sociaux. C’est une ressource utile dans une campagne où l’on doit exister en permanence.
Pour Rima Hassan, l’équation est plus complexe. Elle gagne en poids politique, mais aussi en exposition. Chaque prise de parole devient un test. Chaque déplacement alimente un conflit de récit. Sa force de frappe repose sur sa visibilité, mais cette visibilité la transforme aussi en cible idéale pour ses adversaires.
Pour LFI, enfin, le bénéfice est double et le risque symétrique. Le mouvement consolide son identité militante. Mais il peut aussi renforcer l’image d’une gauche qui parle d’abord à ses propres convaincus. Dans une présidentielle, cela peut suffire pour exister. Cela ne suffit pas toujours pour gagner.
La suite se jouera sur une ligne de crête
Le vrai test arrive maintenant. Mélenchon a lancé sa campagne. LFI a déjà installé ses figures les plus tranchées. Reste à savoir si le mouvement peut transformer cette radicalité en force majoritaire, ou s’il restera enfermé dans un registre de mobilisation très intense, mais électoralement plafonné.
Dans les prochains mois, il faudra surveiller trois choses : la place réelle donnée à Rima Hassan dans l’architecture de campagne, la capacité de LFI à parler d’autre chose que de la Palestine, et les éventuelles tensions avec les autres forces de gauche à l’approche de 2027. C’est là que se dira si la stratégie du choc reste un atout, ou devient un handicap.



