Présidentielle 2027 : les hauts fonctionnaires qui veulent rendre le programme de LFI applicable
Un réseau discret de hauts fonctionnaires proches de La France insoumise prépare les conditions d’une éventuelle arrivée au pouvoir de Jean-Luc Mélenchon. Les Phrygiens produisent des notes dans plusieurs secteurs stratégiques de l’État.

Les Phrygiens réunissent plusieurs dizaines de hauts fonctionnaires proches de La France insoumise. Présents dans différents secteurs de l’administration, ils produisent des notes pour tester la faisabilité du programme du mouvement et préparer une éventuelle prise de responsabilités après l’élection présidentielle de 2027.
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Comment préparer l’arrivée au pouvoir d’un parti quand on travaille déjà pour l’État ? C’est le pari d’un réseau discret de hauts fonctionnaires proches de La France insoumise. Baptisé « les Phrygiens », il veut transformer des idées politiques en décisions administratives applicables.
Un réseau né dans la perspective de 2027
Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Pour La France insoumise, l’enjeu ne consiste donc plus seulement à défendre un programme. Il faut aussi montrer que ce programme pourrait être mis en œuvre rapidement en cas de victoire.
Le mouvement dispose déjà d’un cercle de réflexion autour de l’Institut La Boétie. Mais les Phrygiens occupent une place différente. Ils travaillent dans ou autour de l’appareil d’État. Leur connaissance des ministères doit permettre d’anticiper les obstacles juridiques, budgétaires et administratifs.
Le réseau aurait été créé en mai 2026, peu après l’officialisation de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Il aurait alors réuni une trentaine de personnes. Depuis, son périmètre se serait élargi à près de quatre-vingts hauts fonctionnaires, selon les témoignages recueillis par plusieurs médias.
Cette progression reste difficile à mesurer. Les membres ne publient ni liste officielle ni organigramme. Leur anonymat constitue même l’une des règles du groupe.
Des notes produites dans l’ombre
Les Phrygiens se réuniraient environ une fois par mois. Ils échangeraient également dans une boucle privée sur Telegram. Leurs travaux prendraient la forme de notes, d’analyses et de propositions transmises à des responsables insoumis.
Leur objectif affiché serait de crédibiliser la capacité de La France insoumise à gouverner. Le parti est régulièrement critiqué par ses adversaires sur la solidité de son programme économique et sur les conditions concrètes de son financement. Ce réseau entend répondre à cette critique par une expertise issue de l’administration.
Un membre interrogé anonymement résume la logique du groupe : « Il faut qu’on soit discrets, pour ne pas mettre en danger nos carrières. » Cette prudence s’explique par leur position professionnelle. Un haut fonctionnaire peut avoir des convictions politiques. Il doit cependant respecter son obligation de neutralité dans l’exercice de ses fonctions.
Le principe est simple : l’administration applique les décisions du pouvoir élu, quel que soit le parti au gouvernement. En revanche, un fonctionnaire ne peut pas utiliser ses moyens de service pour mener une activité politique. La frontière entre réflexion personnelle, engagement militant et usage d’informations professionnelles peut donc devenir sensible.
Les Phrygiens seraient présents dans plusieurs secteurs de l’État. Des membres travailleraient notamment dans les domaines économiques et financiers, à Bercy, ainsi que dans la diplomatie, au Quai d’Orsay. D’autres seraient liés à la santé, au travail, à l’écologie, à la justice ou à l’intérieur.
À quoi peuvent-ils servir concrètement ?
Leur avantage principal est leur connaissance des rouages administratifs. Ils savent quelles directions préparent les textes. Ils connaissent les délais d’un décret, les contraintes d’une loi de finances et les négociations nécessaires avec les partenaires sociaux ou européens.
Cette expertise peut aider La France insoumise à distinguer une promesse politique d’une mesure réellement applicable. Elle peut aussi identifier les décisions qui relèvent du Parlement, du gouvernement ou d’une simple circulaire. Une circulaire est une instruction adressée par une administration à ses services pour préciser la manière d’appliquer une règle.
Pour les dirigeants insoumis, ce travail peut donc réduire le risque d’improvisation au lendemain d’une élection. Il peut faciliter la préparation de cabinets ministériels et de feuilles de route administratives.
Pour les agents concernés, le bénéfice est différent. Le réseau permet de ne plus rester isolé lorsqu’ils partagent les idées de LFI. Il banalise aussi l’engagement politique de hauts fonctionnaires qui craignent d’être catalogués ou freinés dans leur carrière.
Mais l’anonymat protège surtout les individus. Il empêche aussi de connaître précisément l’origine des analyses produites. Le public ne sait pas toujours si une note repose sur une expertise personnelle, sur des données professionnelles ou sur une orientation politique donnée par le mouvement.
La question se pose avec une intensité particulière pour les secteurs sensibles. À Bercy, une information sur les finances publiques peut influencer un débat budgétaire. Au Quai d’Orsay, une analyse diplomatique peut toucher aux intérêts de la France. Dans ces domaines, la confidentialité professionnelle et la transparence démocratique ne se recouvrent pas.
Une pratique qui dépasse La France insoumise
Les Phrygiens ne constituent pas une exception dans la vie politique française. Les partis cherchent régulièrement à s’entourer d’experts capables de préparer un programme et de proposer des profils pour les futurs cabinets.
À droite et à l’extrême droite, le Rassemblement national dispose depuis 2015 des « Horaces ». Ce cercle rassemble notamment des hauts fonctionnaires, d’anciens membres de cabinets et des spécialistes chargés de nourrir la réflexion du parti. Le réseau a été conçu pour renforcer le programme présidentiel de Marine Le Pen, sans que ses membres s’exposent toujours publiquement.
Le fonctionnement des Horaces au Rassemblement national montre une réalité plus large : les partis d’opposition veulent disposer d’une réserve d’experts avant même d’accéder au pouvoir.
La gauche radicale n’a pas découvert cette logique en 2026. Avant les Phrygiens, Jean-Luc Mélenchon s’était déjà appuyé sur des hauts fonctionnaires proches de ses idées lors de précédentes campagnes présidentielles. En 2022, certains d’entre eux se disaient prêts à appliquer le programme « L’Avenir en commun ».
La différence actuelle tient à la structuration du réseau et au contexte électoral. En préparant une éventuelle alternance, les Phrygiens cherchent à répondre à une faiblesse souvent reprochée à LFI : sa capacité à passer de la contestation à la gestion quotidienne de l’État.
Entre expertise utile et soupçon de politisation
Pour les soutiens de La France insoumise, la démarche est cohérente. Un parti qui veut gouverner doit connaître l’administration et préparer ses premières décisions. Les Phrygiens peuvent ainsi défendre l’idée d’une expertise au service d’un choix démocratique.
Pour leurs critiques, le secret pose une autre question. Un réseau politique composé d’agents ou de cadres de l’État peut donner le sentiment que l’administration est déjà engagée dans une bataille électorale. Ce soupçon est renforcé lorsque les membres revendiquent leur présence dans plusieurs ministères.
La comparaison avec les Horaces permet toutefois de relativiser l’originalité du dispositif. Les partis construisent tous des réseaux d’experts. La différence se joue dans leur taille, leur degré de proximité avec les dirigeants et la manière dont leurs travaux sont rendus publics.
Le rapport de force dépendra aussi du résultat électoral. En cas de victoire, les notes des Phrygiens pourraient nourrir des nominations et des arbitrages ministériels. En cas de défaite, le réseau resterait un outil de préparation idéologique et administrative pour les prochaines échéances.
Ce qu’il faudra surveiller
Les prochaines étapes seront la publication des plans d’action de La France insoumise, la présentation détaillée de son programme et l’éventuelle apparition de nouveaux porte-parole issus de la haute fonction publique.
Il faudra également observer si certains membres choisissent de sortir de l’anonymat. Leur prise de parole permettrait de mieux distinguer les convictions personnelles, le travail d’expertise et l’engagement organisé par le parti.
Enfin, la campagne présidentielle dira si les Phrygiens restent un cercle confidentiel ou s’ils deviennent une véritable équipe de gouvernement. C’est à ce moment que leur utilité sera jugée : dans la précision des mesures proposées, mais aussi dans la capacité à respecter les règles de l’administration.



