En Lettonie, la sécurité aérienne fragilisée fait tomber Siliņa et expose une coalition déjà minée avant les législatives
Après plusieurs drones tombés sur son territoire, la Première ministre lettonne Evika Siliņa a présenté sa démission. La crise révèle les failles de la défense aérienne et laisse le pays sans majorité à cinq mois des législatives.

Quand un incident de défense devient une crise de gouvernement
En Lettonie, une question très simple a pris toute la place : qui protège réellement le ciel du pays ? Après plusieurs drones entrés par erreur sur le territoire letton, la réponse a fini par coûter son poste à la Première ministre Evika Siliņa.
Ce départ n’est pas un simple épisode de plus dans une coalition fragilisée. Il survient à cinq mois des législatives prévues le 3 octobre 2026, dans un pays de 100 députés où chaque bascule de majorité compte.
Ce qui s’est passé
Jeudi 14 mai, Evika Siliņa a annoncé sa démission, ainsi que celle de son gouvernement, lors d’une allocution télévisée. Elle a pris les devants avant un vote de défiance annoncé au Parlement.
La crise s’est accélérée après le retrait du soutien des Progressistes, l’un des partenaires de coalition. Sans leurs 9 sièges, l’alliance au pouvoir tombait à 41 sièges sur 100, donc sous la barre de la majorité à la Saeima.
La séquence politique a commencé le 7 mai. Deux drones ukrainiens, initialement dirigés vers des cibles en Russie, se sont écrasés en Lettonie, dont l’un sur un dépôt de carburant à Rēzekne, dans l’est du pays. Les autorités lettones ont estimé qu’il s’agissait d’appareils déviés de leur trajectoire.
Quelques jours plus tard, la Première ministre a demandé la démission de son ministre de la Défense, Andris Sprūds, membre des Progressistes. Le ministre a quitté ses fonctions le 10 mai.
Pourquoi cette affaire a dégénéré
Sur le fond, le dossier révèle une faiblesse très concrète : la défense aérienne lettone reste trop limitée pour répondre vite à des incursions de drones. L’incident a donc mis en lumière un problème militaire, mais aussi un problème politique. Qui porte la responsabilité quand la menace passe, même sans victime ?
Pour le gouvernement, l’affaire était difficile à absorber. D’un côté, il fallait montrer qu’il prenait la sécurité au sérieux. De l’autre, il fallait éviter de donner l’image d’un pouvoir qui cède à la panique alors que les drones impliqués visaient la Russie et n’ont pas été lancés contre la Lettonie.
Pour les Progressistes, la ligne était plus délicate encore. Le parti a dénoncé une gestion politique du dossier, estimant que la Première ministre avait fait de son ministre un fusible. En clair, le bénéfice politique d’un geste d’autorité a vite été annulé par la rupture de confiance dans la coalition.
Pour les habitants, l’impact est plus direct. Un dépôt de carburant touché, des survols répétés, puis un gouvernement qui tombe : ce type d’enchaînement nourrit l’idée qu’un risque militaire extérieur peut désormais faire vaciller les équilibres intérieurs. Dans un pays voisin de la Russie, la sécurité n’est pas un sujet abstrait.
Le vrai gagnant, le vrai perdant
La Première ministre a tenté de transformer une crise de crédibilité en démonstration de responsabilité. Elle a expliqué que la sécurité devait passer avant les partis, les ambitions politiques et la rhétorique de campagne. Ce discours lui donne une posture d’autorité. Mais il ne règle pas la question de fond : la coalition n’avait plus de socle stable.
Les Progressistes, eux, gagnent en cohérence interne. En quittant le gouvernement, ils évitent d’assumer seuls un dysfonctionnement de la chaîne de défense. Mais ils prennent aussi le risque d’apparaître comme ceux qui font chuter un exécutif à quelques mois d’un scrutin déjà très sensible.
Le président Edgars Rinkēvičs doit désormais consulter les partis pour tenter de trouver un nouveau chef de gouvernement. Pendant ce temps, l’équipe de Siliņa expédie les affaires courantes. Cette période intérimaire compte beaucoup, car elle intervient alors que les législatives de 2026 doivent avoir lieu le 3 octobre.
Le débat dépasse d’ailleurs la Lettonie. Après les incidents de début mai, les pays baltes et leurs alliés ont de nouveau insisté sur la nécessité de renforcer les défenses anti-drones sur le flanc est de l’OTAN. Autrement dit : ce qui s’est passé à Rēzekne alimente une inquiétude régionale déjà bien installée.
Et maintenant ?
Le point à surveiller, c’est la capacité du président à faire émerger rapidement un nouveau gouvernement. S’il n’y parvient pas, la campagne électorale s’ouvrira dans un climat encore plus instable, avec la sécurité nationale au centre de tous les calculs.
Le second sujet est militaire. La Lettonie va devoir préciser comment elle compte mieux détecter, suivre et neutraliser les drones errants. Car tant que cette réponse restera incomplète, chaque nouvel incident pourra se transformer en crise politique.



