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MUNICIPALITéS Salariat municipal, mandat en question

À Montpellier, un salarié de la mairie peut-il siéger au conseil municipal ? La justice tranche sur l’éligibilité des élus

Le tribunal administratif de Montpellier a annulé les mandats municipal et métropolitain de Rhany Slimane Tich-Tich, toujours salarié de la commune au moment du scrutin. Deux candidats de sa liste sont proclamés élus à sa place.

Bancs et pupitre dans une salle d’audience de tribunal administratif, avec une estrade équipée de micros au fond.
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En bref

Le tribunal administratif de Montpellier a annulé les élections de Rhany Slimane Tich-Tich au conseil municipal et au conseil métropolitain, car il était encore salarié de la commune au moment du scrutin. Dalila El Kaïdi et Nicolas Hillaire sont proclamés élus à sa place. Un appel devant le Conseil d’État reste possible.

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Un candidat peut-il représenter les habitants tout en restant salarié de leur mairie ? À Montpellier, cette question entraîne l’annulation de deux mandats, sans remettre en cause l’ensemble du scrutin municipal.

Une frontière entre emploi municipal et mandat électif

Le dossier concerne Rhany Slimane, de son nom complet Rani Slimane Tich-Tich, élu d’opposition de La France insoumise. Il figurait en cinquième position sur la liste « Faire mieux pour Montpellier solidaire », conduite par Nathalie Oziol aux municipales de mars 2026.

Avant l’élection, il travaillait comme collaborateur d’un groupe d’élus d’opposition. Cette fonction présente une particularité essentielle : travailler auprès d’opposants ne signifie pas être salarié d’un parti. Dans son cas, l’employeur restait la commune de Montpellier, comme le précise le communiqué du tribunal administratif sur l’annulation de son élection.

Or, l’article L.231 du code électoral fixe une limite explicite : « Les agents salariés communaux ne peuvent être élus au conseil municipal de la commune qui les emploie ». Autrement dit, un emploi municipal peut empêcher une candidature dans cette même ville, même lorsque le travail concerne l’opposition politique. Cette règle figure dans le code électoral relatif à l’éligibilité des salariés communaux.

L’enjeu n’est donc pas l’étiquette politique du candidat. Il porte sur son lien professionnel avec la collectivité au moment du scrutin. Pour se présenter dans cette commune, il devait avoir effectivement quitté cet emploi.

Une démission annoncée, mais pas suffisamment établie

Le mardi 13 octobre 2026, le tribunal administratif de Montpellier a annulé l’élection de Rani Slimane Tich-Tich au conseil municipal. Il a également annulé son élection comme conseiller communautaire, c’est-à-dire comme représentant de Montpellier au conseil de la Métropole. Deux électeurs montpelliérains et la préfète de l’Hérault avaient contesté son éligibilité.

Le candidat avait envoyé un courriel de démission le 19 février 2026 à la présidente de son groupe. Il soutenait que cette démission avait ensuite reçu une acceptation orale avant le premier tour. Sa défense reposait donc sur l’idée qu’il avait quitté son emploi à temps.

Le tribunal n’a toutefois pas retenu cette argumentation. Le jugement indique qu’il « ne rapporte toutefois pas la preuve » de cette acceptation orale avant le scrutin. Le point décisif est ainsi la preuve d’une rupture effective du contrat, et non la seule expression d’une volonté de partir.

Dans sa présentation de la décision, le tribunal administratif de Montpellier précise que sa démission n’était pas effective à la date du premier tour. Il rappelle également son élection à l’issue du second tour, le 22 mars 2026.

Il faut distinguer cette situation d’une sanction interdisant toute candidature pendant plusieurs années. Ici, le motif exposé concerne les conditions d’éligibilité lors du scrutin montpelliérain : le candidat restait salarié de la commune dans laquelle il sollicitait un mandat.

Deux remplacements, pas une nouvelle élection générale

Le tribunal a proclamé l’élection de Dalila El Kaïdi au conseil municipal et de Nicolas Hillaire au conseil métropolitain. Ces deux personnes remplacent l’élu dans les assemblées concernées, selon l’ordre des listes de candidature. Le communiqué judiciaire confirme le recours aux candidats placés après lui.

Pour les électeurs, la distinction compte. La décision ne supprime pas tous les résultats des municipales. Elle corrige l’attribution des deux sièges concernés. Le dossier du Conseil d’État sur le contentieux électoral distingue justement la modification des résultats d’une annulation générale imposant un nouveau scrutin.

L’effet politique touche d’abord Rhany Slimane, dont les deux élections perdent leur fondement juridique en première instance. Les candidats proclamés élus bénéficient, eux, de la correction décidée par le tribunal. Pour la liste d’opposition, le changement porte sur les personnes qui la représentent, plutôt que sur une redistribution générale des suffrages.

Cette affaire éclaire aussi une contrainte concrète pour les collaborateurs politiques salariés des collectivités. Leur activité professionnelle les place au contact des dossiers et des élus. Mais cette proximité ne les dispense pas de rompre correctement leur contrat lorsqu’une candidature l’exige.

À l’inverse, cette interdiction précise ne frappe pas un candidat simplement parce qu’il exerce un emploi sans lien salarial avec la commune. Les situations professionnelles créent donc des contraintes différentes. Pour un agent municipal, annoncer son départ ne suffit pas : sa candidature dépend aussi de la date effective de cessation de l’emploi.

Deux arguments opposés, une décision encore contestable

Les requérants demandaient l’application de la règle d’éligibilité. Leur démarche visait à empêcher qu’un salarié communal conserve un mandat obtenu dans sa commune employeuse. Rhany Slimane défendait, de son côté, la validité de son élection en invoquant une démission acceptée avant le vote.

Ces positions ne se valent pas sur le plan judiciaire à ce stade : le tribunal a retenu la contestation. Cependant, l’élu dispose encore d’une voie d’appel. Pour les élections municipales, le Conseil d’État examine directement les recours contre les jugements des tribunaux administratifs.

Le délai d’appel en matière d’élections municipales est d’un mois à compter de la notification du jugement. Il ne faut donc pas calculer automatiquement cette échéance depuis le seul 13 octobre, date de la décision.

Autre précision importante : selon les principes rappelés par le Conseil d’État, un élu dont l’élection est annulée reste généralement en fonction jusqu’à ce que le jugement devienne définitif. En cas d’appel, cette étape intervient avec la décision du Conseil d’État. L’annulation ne signifie donc pas nécessairement un remplacement immédiat.

Dans les prochaines semaines, le point à surveiller sera le dépôt éventuel d’un appel par Rhany Slimane. Son absence, ou la décision ultérieure du Conseil d’État, déterminera quand les remplacements proclamés par le tribunal pourront devenir définitifs.

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