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MUNICIPALITéS

À Saint-Denis, la ville dénonce son exclusion d’un chantier patrimonial qui doit aussi servir les habitants

Le maire de Saint-Denis conteste l’élection de Stéphane Bern à la tête de l’association Suivez la flèche. Au-delà du vote, l’enjeu porte sur la place de la ville dans un chantier patrimonial majeur.

Rue de Saint-Denis près de la mairie, avec passants anonymes et un rappel discret du chantier de la basilique.

Qui décide d’un chantier patrimonial quand la ville se sent mise à l’écart ?

À Saint-Denis, la question dépasse la seule gouvernance d’une association. Elle touche à un symbole local, à un chantier colossal et à une bataille de légitimité entre élus, État et défenseurs du patrimoine. La reconstruction de la flèche de la basilique cathédrale, au nord de Paris, devait justement rassembler. Elle est devenue, au moins pour un temps, un sujet de fracture politique.

La basilique n’est pas un monument comme les autres. Elle est un haut lieu de l’histoire de France, nécropole royale et édifice gothique majeur. La flèche et la tour nord ont été démontées au XIXe siècle après des fragilités structurelles, puis le projet de reconstruction a été relancé par étapes à partir des années 2010. Depuis, l’association Suivez la flèche, qui porte le chantier patrimonial de la basilique de Saint-Denis sert d’outil de pilotage et de financement, avec le soutien de l’État, des collectivités et de mécènes.

Ce qui s’est passé à Saint-Denis

Mardi 28 juillet, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, et ses soutiens ont dénoncé dans un communiqué l’élection de Stéphane Bern à la tête de l’association chargée de la reconstruction de la flèche et de la tour nord de la basilique. L’édile affirme que le scrutin du 24 juillet aurait été marqué par de « nombreuses irrégularités » et qu’il aurait dû être reporté. En signe de protestation, lui et son entourage avaient quitté l’assemblée générale avant le vote.

Le maire parle d’une « rupture sans précédent » et dit qu’il ne participera pas au bureau issu de cette élection. Il estime que, pour la première fois depuis la création de la structure en 2016, la présidence du projet échappe au maire de Saint-Denis et président de Plaine Commune. Dans son camp, la critique vise aussi l’ancien maire Mathieu Hanotin, qui a présidé l’association avant Stéphane Bern, ainsi que des responsables de l’État accusés d’avoir accompagné des « arrangements » avec les statuts.

Face à cette contestation, Mathieu Hanotin défend un déroulé « régulier ». Stéphane Bern, lui, dit ne pas vouloir alimenter la polémique et rappelle que le droit prévoit des procédures de contestation si certains veulent remettre en cause le vote. Il affirme aussi que le scrutin s’est tenu avec l’appui du conseil juridique de l’association. D’après plusieurs médias, il a été élu à l’unanimité au conseil d’administration, mais sans la participation du maire de Saint-Denis.

Pourquoi cette présidence compte autant

Sur le papier, il s’agit d’une association. En pratique, c’est beaucoup plus sensible. Elle pilote un chantier qui concerne un monument public appartenant à l’État, mais inséré dans un territoire où la ville, l’intercommunalité et les habitants veulent peser. La basilique attire déjà des visiteurs, et la future tour doit aussi renforcer l’image du site. Pour Saint-Denis, le chantier peut devenir un levier culturel, touristique et économique. Pour l’État et les financeurs privés, il doit surtout rester stable, lisible et crédible.

Le calendrier donne aussi du poids à cette bataille de gouvernance. Le ministère de la Culture indiquait en janvier 2025 que les travaux devaient commencer au printemps 2025. De son côté, la ville a indiqué au printemps 2026 que la tour devait être achevée en octobre 2026, avant le montage de la flèche elle-même. Autrement dit, la phase la plus visible du chantier approche, et chaque décision de pilotage a désormais des effets concrets sur la suite : financement, communication, calendrier et relations entre partenaires.

Le choc est aussi politique. Bally Bagayoko, élu maire en mars 2026 à Saint-Denis – Pierrefitte, veut montrer que la ville doit retrouver sa place dans un projet longtemps porté par ses élus. Stéphane Bern, de son côté, apporte une notoriété nationale utile pour lever des fonds et maintenir l’attention médiatique. Chacun y gagne quelque chose. Le premier défend l’ancrage local. Le second incarne la mobilisation patrimoniale à l’échelle nationale.

Le vrai enjeu : qui contrôle le récit du chantier ?

La controverse n’oppose pas seulement un maire et un nouvel élu associatif. Elle révèle une tension classique des grands projets patrimoniaux : qui décide, qui signe, qui collecte, qui parle au nom du site ? Dans les faits, l’État garde le contrôle scientifique et technique, tandis que l’association sert de courroie entre le chantier, les financeurs et le public. Mais quand la présidence change, l’équilibre symbolique change aussi. Et à Saint-Denis, le symbole compte presque autant que l’ingénierie.

Les habitants, eux, ne sont pas tous placés au même endroit dans cette équation. Les élus locaux cherchent du pouvoir et de la visibilité. Les mécènes cherchent de la clarté et un récit fédérateur. Les acteurs du chantier cherchent de la continuité. Les riverains et commerçants, enfin, attendent surtout que le projet profite au territoire sans se transformer en conflit institutionnel permanent. C’est là que se joue le rapport de force : une opération patrimoniale de prestige, mais dans une ville populaire qui veut aussi des retombées concrètes.

Cette divergence explique la virulence des réactions. Pour la mairie, être écartée de la présidence revient à perdre une part de maîtrise sur un chantier emblématique du territoire. Pour les partisans de la nouvelle gouvernance, confier l’association à une personnalité nationale peut sécuriser la suite du projet et son rayonnement. Les deux logiques ne sont pas incompatibles, mais elles ne donnent pas le même pouvoir aux mêmes acteurs.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La suite se jouera sur deux plans. D’abord, sur le terrain juridique, si la contestation annoncée par la mairie prend une forme formelle. Ensuite, sur le terrain très concret du chantier : la fin programmée de la tour nord à l’automne 2026, puis le lancement du remontage de la flèche elle-même. Si les tensions persistent, elles pourraient peser sur la visibilité du projet. Si elles retombent, la reconstruction pourra redevenir ce qu’elle veut être : un chantier de patrimoine, pas un conflit de préséances.

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