À Saint-Denis, l’abstention de la majorité interroge sur les moyens concrets de lutter contre l’excision
À Saint-Denis, Bally Bagayoko justifie l’abstention de sa majorité par les incertitudes entourant une loi contre les violences sexuelles. Le scrutin relance le débat sur la prévention et les soins dans un département particulièrement concerné.

Au conseil municipal de Saint-Denis, Bally Bagayoko et sa majorité se sont abstenus sur un vœu associant la lutte contre l’excision au soutien d’une loi contre les violences sexuelles. Le maire dit approuver le volet contre l’excision, mais refuse de soutenir un texte législatif encore susceptible d’évoluer. Dans un département où une enquête estime à 7,1 % la proportion de femmes de 18 à 44 ans
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Comment une commune peut-elle afficher son engagement contre l’excision lorsque sa majorité s’abstient sur un texte qui la condamne ? À Saint-Denis, cette question oppose désormais le maire Bally Bagayoko à ses adversaires, avec un enjeu concret : la protection des filles et l’accompagnement des femmes victimes.
Un vote municipal qui mêlait deux engagements
Le 24 septembre 2026, le groupe d’opposition « Socialistes, Écologistes et citoyens » a présenté un vœu au conseil municipal. Ce texte associait la protection contre l’excision au soutien à la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles.
Un vœu exprime une position politique du conseil municipal. Il ne constitue pas, à lui seul, une loi ni un programme de dépenses. Son adoption permet néanmoins à une commune d’afficher une priorité et d’interpeller les pouvoirs publics.
Le résultat est sans ambiguïté : huit voix pour et 44 abstentions. Bally Bagayoko, maire La France insoumise, et sa majorité se sont abstenus. Le conseil a donc adopté le texte, malgré l’absence de soutien de l’exécutif municipal.
La conduite du scrutin a ajouté à la confusion. Le maire a d’abord annoncé que le vœu n’était pas adopté, sans avoir appelé les votes favorables. L’élue socialiste Katy Bontinck l’a interpellé. Le décompte des voix pour a ensuite permis de constater l’adoption.
Cette distinction compte : la majorité n’a pas voté contre le vœu et n’a pas empêché son adoption. En revanche, elle a refusé de lui apporter son soutien. C’est ce choix politique, et non un rejet du texte, qui nourrit la controverse.
Le maire invoque une réserve sur la loi nationale
Début octobre, l’abstention a suscité des critiques à droite. Charlotte Rocher, conseillère d’arrondissement Les Républicains dans le 15e arrondissement de Paris, a résumé sa réaction par deux mots : « La honte. »
Bally Bagayoko a répondu sur le réseau X, puis sa majorité a publié un communiqué. Elle y dénonce « des polémiques politiciennes montées de toutes pièces » et réaffirme son opposition aux mutilations sexuelles féminines.
Son explication repose sur les deux volets du vœu. La majorité affirme qu’elle approuvait celui consacré à l’excision et l’avait indiqué en séance. Elle refusait toutefois de soutenir par avance une proposition de loi dont le contenu pouvait encore évoluer.
Le calendrier parlementaire éclaire cette réserve. Du 21 au 23 septembre 2026, les députés ont examiné et adopté les textes en commission spéciale, une instance chargée de préparer leur discussion. L’Assemblée nationale détaille cette étape de la loi intégrale contre les violences sexuelles. Elle précédait immédiatement le conseil municipal.
Le maire invoque ainsi l’incertitude sur la version finale, notamment après de possibles modifications soutenues par la droite ou le Rassemblement national. Cet argument porte sur le soutien à un texte parlementaire. Il ne permet pas de présenter son abstention comme une approbation de l’excision.
En Seine-Saint-Denis, un enjeu de santé publique documenté
La polémique concerne un territoire particulièrement touché. Une enquête publiée le 17 octobre 2023 estime à 7,1 % la proportion de femmes de 18 à 44 ans ayant subi une mutilation sexuelle en Seine-Saint-Denis. Cela représente environ une femme sur quatorze.
L’étude MSF-Préval publiée par Santé publique France repose sur une collecte menée en 2021 dans des établissements de santé. Ce chiffre mesure une situation chez les femmes adultes. Il ne décrit ni la proportion de mineures concernées ni le nombre d’excisions pratiquées dans le département.
Les besoins diffèrent donc selon les personnes. Pour les femmes déjà victimes, l’enjeu consiste à accéder aux soins et à un accompagnement adapté. Pour les filles exposées à un risque, il concerne d’abord la prévention et la protection. Confondre ces deux dimensions brouille la réponse publique.
À Saint-Denis, la Maison des femmes propose notamment une unité dédiée aux victimes d’excision. Ses dispositifs d’accompagnement médical et social des femmes victimes de violences illustrent ce que recouvre concrètement cette lutte : des professionnels, des consultations et une continuité de prise en charge.
Le financement compte autant que les déclarations. À Montreuil, une expérimentation associe soins psychologiques, sexologiques et accompagnement social. Les responsables expliquent que ces soins nécessitaient auparavant d’autres financements que ceux de la chirurgie. Ce reportage sur la prise en charge globale des victimes d’excision montre la dépendance des équipes à des ressources durables.
Des intérêts politiques distincts, des besoins qui restent
Pour l’opposition municipale, défendre ce vœu permet d’affirmer une priorité et de placer la majorité devant un choix public. Pour le maire, l’abstention préserve sa liberté d’appréciation sur la loi nationale. Les critiques venues de droite mettent, elles, en cause la cohérence de son engagement.
Mais le débat ne se limite pas à ces rapports de force. La coalition féministe et enfantiste mobilisée pour une loi intégrale défend une approche plus large. Dans son communiqué sur la mise à l’agenda de la loi contre les violences sexuelles, elle présente l’examen parlementaire comme une victoire d’étape, non comme un aboutissement.
Deux questions doivent donc rester séparées : pourquoi la majorité s’est-elle abstenue sur ce texte précis, et quels moyens soutient-elle contre les mutilations ? Dans les prochaines semaines, les modifications parlementaires permettront d’apprécier la réserve invoquée par le maire. À l’échelle locale, les décisions de prévention et de financement permettront de mesurer la traduction concrète des engagements affichés.



