Après l’incendie d’un parc, qui doit payer les dégâts : les familles, la mairie ou les contribuables de Neuilly-sur-Marne ?
À Neuilly-sur-Marne, le maire réclame 415 000 euros aux familles de trois enfants impliqués dans l’incendie d’un parc. Le différend interroge l’application de la responsabilité parentale et la réparation des dégâts publics.

À Neuilly-sur-Marne, la mairie réclame 415 000 euros aux familles de trois enfants mis en cause dans l’incendie d’une partie du parc des 33-Hectares. Le Code civil prévoit la responsabilité des parents exerçant l’autorité parentale pour les dommages causés par leur enfant mineur, mais les familles contestent la démarche. L’issue déterminera si la commune obtient réparation et comment les espaces
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Quand un parc public brûle, qui doit payer sa remise en état : les familles des enfants impliqués ou la collectivité ? À Neuilly-sur-Marne, cette question oppose désormais la mairie aux parents de trois mineurs.
Une facture de 415 000 euros au cœur du conflit
Zartoshte Bakhtiari, maire divers droite de cette commune de Seine-Saint-Denis, réclame 415 000 euros aux familles. Cette somme concerne l’incendie qui a ravagé une partie du parc des 33-Hectares, fin juillet 2026. Les trois enfants impliqués ont 10 et 11 ans. Les avocats des familles contestent la méthode et les propos de l’élu.
Le feu, déclenché par l’usage de mortiers d’artifice, a détruit plusieurs hectares de végétation et 150 arbres. Une passerelle et la moitié de l’espace canin restent inaccessibles. Pour les habitants, le préjudice dépasse donc le coût des travaux : une partie de leur espace public demeure inutilisable.
Le maire défend une ligne ferme : les responsables des dégradations doivent en supporter les conséquences financières. Il dénonce les obstacles à l’indemnisation des communes et réclame une application plus rapide du droit. Cette position vise à protéger le budget municipal, donc les moyens consacrés aux services collectifs.
Mais réclamer une somme et obtenir son paiement sont deux étapes différentes. Le désaccord porte désormais sur la manière de faire reconnaître et réparer le dommage. La contestation des familles montre que l’envoi d’une facture ne clôt pas le débat juridique.
La responsabilité des parents existe déjà, mais elle a évolué
Le socle juridique n’est pas une nouvelle règle baptisée « casseurs payeurs ». Il figure dans l’article 1242 du Code civil sur la responsabilité parentale. Les parents qui exercent l’autorité parentale répondent, de plein droit, des dommages causés par leur enfant mineur. Autrement dit, ce mécanisme ne repose pas sur la démonstration préalable d’une faute éducative des parents.
Le texte prévoit aussi une responsabilité solidaire : les parents concernés répondent ensemble de la réparation. Une exception existe lorsque l’enfant a été confié à un tiers par une décision administrative ou judiciaire. Le droit distingue donc les situations familiales, plutôt que d’appliquer une responsabilité identique à tous les adultes entourant l’enfant.
La référence historique à 1804 ne suffit cependant pas à décrire les règles actuelles. La loi du 23 juin 2025 a modifié ce régime, après un changement de jurisprudence de la Cour de cassation en juin 2024. Elle a supprimé la condition de cohabitation entre le parent et l’enfant.
Concrètement, un parent séparé peut désormais répondre du dommage même si l’enfant ne réside pas habituellement chez lui. Le critère central devient l’exercice de l’autorité parentale. Cette évolution élargit les possibilités d’indemnisation des victimes, mais aussi l’exposition financière de parents vivant dans des foyers distincts.
Indemniser la commune ne signifie pas punir les parents
Deux logiques doivent rester distinctes. La responsabilité civile sert à réparer un préjudice. La responsabilité pénale vise à sanctionner une infraction personnellement commise. Faire supporter une réparation aux parents ne signifie donc pas, en soi, les déclarer coupables des actes de leur enfant. Cette séparation structure le débat juridique.
Elle compte particulièrement lorsque le discours politique associe paiement, autorité et prévention de la délinquance. Dans ses observations du 28 mai 2025 sur la justice des mineurs, la Défenseure des droits, Claire Hédon, rappelait le principe de responsabilité pénale personnelle. Sa critique concernait notamment le durcissement des sanctions pénales contre les parents, et non une suppression de l’indemnisation civile.
Cette voix institutionnelle apporte une limite à l’approche exclusivement répressive. La Défenseure insistait sur la prise en compte de l’âge et de l’avenir de l’enfant. Elle contestait aussi l’idée que les dispositions proposées répondaient aux difficultés concrètes des professionnels de la justice des mineurs. Il s’agit d’une position générale, pas d’une intervention dans le dossier de Neuilly-sur-Marne.
Assurances et ressources familiales : l’autre rapport de force
La question financière ne se résume pas toujours à un face-à-face entre la mairie et les familles. Les assurances interviennent aussi dans ce cadre juridique. Le Conseil national des barreaux détaille les conséquences assurantielles de la réforme de 2025, notamment pour les parents séparés.
La loi autorise notamment un assureur à se retourner contre un parent définitivement condamné pour certains manquements à ses obligations. Ce recours suppose un lien avec le dommage et reste limité à 7 500 euros. Il ne faut donc pas confondre cette disposition particulière avec la facture municipale de 415 000 euros.
Le montant réclamé révèle enfin une tension pratique : une obligation de réparation ne renseigne pas, à elle seule, sur la capacité de paiement. L’enjeu diffère selon les acteurs. La commune cherche une indemnisation ; les familles défendent leurs droits et leur situation financière ; les habitants attendent de retrouver l’usage du parc. Ce sont trois résultats distincts, que la seule annonce d’une facture ne permet pas de réunir.
La suite se jouera sur la réparation effective
Deux éléments seront donc à surveiller : les suites données à la contestation des familles et le rétablissement des espaces encore fermés. L’enjeu ne sera pas seulement le montant affiché, mais la réparation effectivement obtenue par la commune. Pour les usagers, le résultat le plus concret restera la remise en service des équipements endommagés.



