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MUNICIPALITéS

Peut-on utiliser le matériel des pompiers pour sauver sa propriété privée quand un incendie menace tout un département ?

Le maire d’Aubagne a reconnu avoir emprunté du matériel incendie pour protéger son cabanon dans le Var. L’affaire relance la question de l’usage des moyens publics en pleine crise.

Élu local anonyme devant la mairie, dossier à la main, en lumière naturelle dans une rue de village française.

Quand le feu approche, qui a le droit de se protéger en priorité ?

Dans le Var, la question n’est pas théorique. Quand un incendie gagne les collines, chacun regarde vers sa maison, son terrain, ses proches. Mais quand l’alerte devient collective, la frontière entre protection personnelle et usage des moyens publics devient beaucoup plus sensible.

C’est exactement ce que révèle l’affaire touchant le maire d’Aubagne, Jean-Pierre Squillari. L’élu a reconnu avoir emprunté du matériel des pompiers de sa commune pour aller défendre son cabanon situé à Barjols, alors que le département était frappé par un feu majeur. Le geste, présenté par lui comme temporaire et restitué le lendemain, a déclenché une polémique immédiate.

Un incendie massif dans le Var, un territoire déjà sous tension

Le contexte compte. Fin juillet, le Var a été confronté à un incendie d’ampleur autour du Gros Bessillon. Les services de l’État ont évoqué jusqu’à 1 000 sapeurs-pompiers et 270 engins mobilisés, avec des réactivations toujours surveillées dans les secteurs de Correns et de Barjols. Dans le même temps, la préfecture rappelait que le risque était très élevé et renforçait les interdictions d’accès aux massifs forestiers.

Dans le Var, ce risque n’a rien d’abstrait. Le département impose le débroussaillement autour des habitations situées près des massifs, une mesure présentée par l’État comme l’une des protections les plus efficaces pour ralentir un feu et faciliter l’intervention des secours. Autrement dit, la prévention repose d’abord sur les propriétaires, les communes et les règles locales, pas sur la capacité de chacun à mobiliser des moyens publics pour son bien personnel.

Barjols se trouvait au cœur de cette tension. La commune a été directement concernée par les reprises de feu et les opérations de lutte. L’administration préfectorale a d’ailleurs indiqué que des points chauds restaient actifs dans le secteur de Barjols après l’incendie, ce qui montre à quel point la menace était réelle pour les habitations, les cabanons et les zones boisées alentour.

Ce que reconnaît l’élu d’Aubagne

Jean-Pierre Squillari a confirmé avoir emprunté le 26 juillet une pompe portative, trois tuyaux de vingt mètres et une lance incendie. Il affirme avoir rendu ce matériel le lendemain, en parfait état, et dit ne pas s’en être finalement servi. Il soutient aussi n’avoir rien imposé, mais avoir demandé une mise à disposition au sous-officier de garde, qui aurait accepté.

Le point sensible n’est pas seulement la chronologie. C’est la nature de la demande. Le matériel venait d’un centre de secours de sa commune, donc d’un outil opérationnel pensé pour la protection collective. L’élu dit avoir voulu protéger “de façon citoyenne” son cabanon situé à Barjols. Mais il ajoute aussi avoir parlé avec un “ton déterminé”, ce qui a nourri les critiques sur le rapport de force possible entre un maire et un agent de garde.

L’intéressé invoque une tradition du corps des sapeurs-pompiers, où du matériel peut parfois être mis à disposition dans certaines situations. Cette justification mérite d’être lue avec prudence. Les règles de sécurité civile encadrent l’usage des moyens, et le port comme l’emploi des équipements sont strictement liés à la mission de secours. En clair, un matériel de lutte contre l’incendie n’est pas un bien ordinaire qu’on déplace selon les besoins privés du moment.

Ce que cette affaire dit du rapport entre élus, secours et biens privés

Cette affaire touche à un point très concret : en période de crise, qui a accès aux ressources rares ? Les secours doivent arbitrer entre plusieurs fronts, et prioriser les zones où des vies sont menacées, des maisons regroupées, des infrastructures stratégiques ou des secteurs où l’intervention a une chance d’être efficace. Un cabanon isolé, même appartenant à un élu, n’entre pas forcément dans les mêmes critères. C’est ce que rappelle indirectement la logique des opérations de lutte contre les feux de forêt dans le Var.

Pour un habitant ordinaire, le sujet est simple : si des moyens publics peuvent être empruntés pour protéger un bien privé, pourquoi pas pour tous ? Et si ce n’est pas possible, sur quel fondement certains y ont-ils accès ? C’est là que la polémique prend de l’ampleur. Elle ne porte pas seulement sur le comportement d’un maire. Elle interroge l’égalité devant le risque et la confiance dans la chaîne de secours.

Les bénéficiaires potentiels de la position défendue par l’élu sont évidents : toute personne qui cherche à sauver une propriété située en zone exposée peut se reconnaître dans l’idée de protection individuelle. Mais la contrepartie est tout aussi claire. Si l’on ouvre trop largement l’accès aux moyens des pompiers pour des usages privés, on fragilise la disponibilité du matériel pour l’ensemble de la population, surtout au moment où chaque pompe, chaque tuyau et chaque lance peut compter sur le terrain.

Une critique politique encore embryonnaire, mais un angle institutionnel très net

La réaction la plus structurée, pour l’instant, vient de la logique institutionnelle plus que d’une opposition politique formelle. L’Association des maires de France insiste, dans les périodes d’incendies, sur la mobilisation des communes sinistrées et sur le soutien aux services de sécurité civile, pas sur l’appropriation de leurs moyens par des particuliers ou des élus. Cette ligne rappelle une évidence : la réponse au feu se construit collectivement, avec des règles, des priorités et une discipline opérationnelle.

Du côté d’Aubagne, la mairie met en avant une nouvelle équipe municipale installée au printemps 2026, avec Jean-Pierre Squillari comme maire. Son parcours d’ancien pompier lui donne une légitimité technique sur les questions de secours, mais cette proximité peut aussi le placer dans une zone grise dès qu’il s’agit de mêler fonction publique, réflexes professionnels et intérêt personnel.

Le débat est donc moins anecdotique qu’il n’y paraît. Il pose une question de fond sur la façon dont les élus utilisent leur connaissance des services publics. Savoir comment fonctionne une caserne n’autorise pas tout. Et, dans un département où les incendies reviennent chaque été avec la même brutalité, la crédibilité de la parole publique dépend aussi de cette distinction.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le point suivant sera institutionnel et politique. Il faudra voir si le service départemental d’incendie et de secours du Var, la mairie d’Aubagne ou d’éventuels responsables hiérarchiques apportent des précisions sur les conditions exactes de la mise à disposition du matériel. La question n’est pas seulement de savoir si le prêt a eu lieu. Elle est de savoir selon quelles règles, pour quelle urgence, et avec quelle trace administrative. Dans un contexte où les feux de forêt restent une menace majeure, chaque réponse comptera.

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