Les revenus de Jordan Bardella interrogent la frontière entre succès éditorial et activité politique rémunérée
Jordan Bardella a déclaré plus d’un million d’euros de droits d’auteur pour deux livres publiés chez Fayard. Ces revenus s’ajoutent à sa rémunération de député européen et à un troisième ouvrage annoncé pour 2026.

Jordan Bardella a déclaré 1,035 million d’euros de droits d’auteur liés à deux livres publiés par Fayard. Ces revenus privés s’ajoutent à sa rémunération de député européen, fixée à près de 8 800 euros nets mensuels en 2025. Un troisième ouvrage est annoncé pour novembre 2026.
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Que représente un million d’euros de droits d’auteur pour un responsable politique en activité ? Pour Jordan Bardella, cette somme s’ajoute à une rémunération parlementaire européenne et à une nouvelle publication annoncée pour l’automne.
Une déclaration qui rend ses revenus publics
Jordan Bardella a déclaré 306 963 euros de droits d’auteur au titre de l’année 2026. Cette information figure dans une mise à jour de sa déclaration d’intérêts auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, l’organisme chargé de contrôler les intérêts et certaines rémunérations des responsables publics.
Ces revenus proviennent de deux contrats signés avec Fayard. Ils concernent les livres Ce que je cherche, publié en novembre 2024, et Ce que veulent les Français, paru le 29 octobre 2025. La maison d’édition présente le premier ouvrage comme vendu à plus de 230 000 exemplaires.
Avec les sommes déjà perçues en 2024 et en 2025, les droits d’auteur déclarés atteignent 1 035 178 euros avant impôts. Le détail rendu public par la HATVP faisait apparaître 88 068 euros nets en 2024 et 640 147 euros nets en 2025 pour cette activité d’auteur.
Ces montants ne correspondent pas nécessairement à une seule année de ventes. Les contrats d’édition peuvent prévoir des avances, des versements échelonnés et des droits calculés selon les ventes. La déclaration permet toutefois de mesurer les revenus effectivement déclarés par l’intéressé.
Le succès en librairie explique une partie de la somme
Le premier livre a bénéficié d’une forte exposition médiatique. Il est sorti quelques mois après les élections européennes de juin 2024, remportées en France par la liste conduite par Jordan Bardella. Le second est arrivé dans un contexte politique tout aussi favorable à sa visibilité.
Fayard indique que Ce que veulent les Français prolonge le succès du premier ouvrage. D’après les estimations disponibles, les deux livres auraient dépassé ensemble 320 000 exemplaires vendus. Les chiffres communiqués dans le débat public restent cependant distincts des comptes détaillés de l’éditeur.
Pour les auteurs, les droits d’auteur constituent une rémunération privée liée à l’exploitation d’une œuvre. Ils ne sont pas assimilés à un salaire public. Leur montant dépend notamment du prix du livre, du nombre d’exemplaires vendus et du taux négocié dans le contrat.
Le cas de Jordan Bardella attire l’attention pour une raison simple : l’auteur est aussi le président du Rassemblement national et le chef du groupe Patriotes pour l’Europe au Parlement européen. La publication de ses revenus ne constitue donc pas seulement une information commerciale. Elle touche aussi à la perception du cumul entre activité politique, notoriété et revenus privés.
Un mandat européen rémunéré séparément
Jordan Bardella continue parallèlement d’exercer son mandat de député européen. Le Parlement européen fixe une rémunération identique pour tous les élus, selon le statut unique des députés européens.
En 2025, cette rémunération s’élevait à 11 255,26 euros bruts par mois, soit 8 772,70 euros après impôt européen et cotisations sociales. Le montant peut aussi être soumis à l’imposition nationale. À cela peuvent s’ajouter des indemnités destinées à couvrir les frais liés à l’exercice du mandat.
Ces indemnités ne constituent pas un complément automatique de revenu. Elles servent notamment à financer les déplacements, les séjours et les dépenses nécessaires au travail parlementaire. En 2026, l’indemnité forfaitaire de séjour s’élève à 359 euros par jour de présence, sous conditions.
Le président du RN exerce, lui, ses fonctions partisanes à titre bénévole. Cette absence de salaire versé par le parti ne supprime donc pas ses autres sources de revenus. Elle distingue simplement son mandat interne de son activité parlementaire et de son activité éditoriale.
Un troisième livre déjà annoncé
Les revenus liés aux deux premiers ouvrages pourraient encore évoluer. Jordan Bardella a annoncé la préparation d’un troisième livre consacré à une nouvelle manière de gouverner la France en 2027.
La sortie est annoncée pour le 4 novembre 2026, toujours chez Fayard. Le livre est déjà référencé par des plateformes de vente. La maison d’édition a également organisé plusieurs séances de dédicaces pour les ouvrages précédents, notamment pendant l’été 2025.
Un nouveau contrat peut prévoir une avance avant même la publication. Toutefois, le montant réellement perçu dépendra ensuite des ventes, des éventuels retirages et des conditions négociées avec l’éditeur. Il faudra donc attendre les prochaines déclarations d’intérêts pour connaître l’impact financier de ce troisième projet.
Une activité privée qui nourrit un débat public
Les soutiens de Jordan Bardella peuvent voir dans ces revenus la conséquence d’un succès populaire en librairie. Pour eux, la vente de centaines de milliers d’exemplaires traduit l’intérêt du public pour ses idées et son parcours politique.
Ses contradicteurs soulignent, à l’inverse, le rôle de la notoriété politique dans la promotion d’un livre. Un responsable de parti bénéficie d’une exposition médiatique et d’un accès aux événements publics dont ne disposent pas la plupart des auteurs. La question porte donc moins sur la légalité des droits que sur les frontières entre activité éditoriale et communication politique.
Le choix de l’éditeur constitue également un élément de contexte. Fayard appartient au groupe Hachette, lui-même intégré au groupe Lagardère. Cette concentration de l’édition alimente régulièrement les débats sur le poids des grands groupes dans la diffusion des idées politiques et culturelles.
L’enjeu est différent selon les acteurs. Pour un grand éditeur, un responsable politique connu représente un potentiel commercial important. Pour les librairies, un livre très vendu peut générer du trafic et des commandes. Pour les autres auteurs, cette visibilité peut toutefois accentuer la concurrence pour l’espace médiatique et les mises en avant.
Pour les citoyens, la question est enfin celle de la transparence. Les déclarations publiques permettent de connaître les activités rémunérées d’un élu. Elles ne permettent pas toujours de reconstituer le calendrier exact des ventes, des avances et des reversements fiscaux.
Les prochaines déclarations seront décisives
Le prochain point à surveiller sera la publication des déclarations actualisées auprès de la HATVP. Elles pourraient préciser les revenus liés au troisième ouvrage et l’évolution des droits versés par Fayard.
La sortie annoncée le 4 novembre 2026 constituera une autre échéance. Elle interviendra à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027 et alors que Jordan Bardella est présenté par le RN comme un possible candidat à Matignon en cas de victoire de Marine Le Pen.
Les ventes, la tournée de dédicaces et le calendrier politique permettront alors de mesurer plus précisément l’articulation entre succès éditorial, exposition publique et activité élective.



