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ACTUALITé NATIONALE Commerces et cortèges sous tension

Protéger les commerces en éloignant les cortèges : le choix de Macron relance le débat sur le droit de manifester

Après les violences du 17 octobre à Marseille, Emmanuel Macron veut éloigner les cortèges des centres-villes et soutenir les commerces touchés. Cette stratégie relance le débat sur la sécurité, les revendications sociales et la liberté de manifester.

Devanture de commerce fermée avec une vitre endommagée et un panneau de protection, dans une rue commerçante.
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En bref

Après les violences et les dégradations du 17 octobre, Emmanuel Macron reconnaît que les autorités n’avaient pas anticipé les débordements à Marseille. Il propose d’éloigner les prochains cortèges des centres-villes et promet un accompagnement aux commerces touchés. Cette stratégie pose la question de l’équilibre entre protection des habitants, réponses aux revendications sociales et liberté de

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Comment protéger les commerces sans empêcher les citoyens de faire entendre leur colère ? À Marseille, cette question concentre désormais les tensions entre sécurité, revendications sociales et préparation de la présidentielle.

Le mouvement, parti d’une mobilisation lycéenne plus d’un mois auparavant, s’est élargi au pouvoir d’achat et aux services publics. Les violences du 17 octobre ont cependant déplacé le débat vers le maintien de l’ordre. Pour les autorités, l’enjeu consiste à empêcher de nouveaux pillages. Pour les manifestants pacifiques, il s’agit aussi de préserver la visibilité de leurs demandes.

À Marseille, Macron reconnaît un défaut d’anticipation

Emmanuel Macron s’est rendu à Marseille lundi 26 octobre 2026, neuf jours après les dégradations qui ont touché la ville. Annoncé au dernier moment, son déplacement l’a conduit à l’hôtel de ville, puis à la préfecture. Il a rencontré des commerçants et apporté son soutien aux forces de l’ordre.

Le président a jugé « pas normal qu’à six mois d’une élection présidentielle, notre pays soit dans cet état d’ébullition ». Il a également demandé que les scènes du 17 octobre ne se reproduisent « plus jamais ». Cette référence au calendrier électoral donne une portée politique supplémentaire à son intervention.

Sur la préparation du dispositif de sécurité, Emmanuel Macron a reconnu un échec : « On n’avait pas du tout anticipé ce qui s’est passé ». Il a évoqué la « mobilisation de l’ultragauche » et « la délinquance qui viendrait dessus ». Ces qualifications expriment son analyse des violences, sans décrire l’ensemble des participants au mouvement.

Le chef de l’État a aussi estimé que « les forces de police n’étaient pas dûment proportionnées ». Il rejoint ainsi la critique du maire divers gauche Benoît Payan concernant les moyens déployés. À la mairie, celui-ci lui a montré les traces de l’intrusion : un symbole anarchiste sur un mur et un buste de Marianne endommagé.

Commerçants et manifestants : des besoins différents, pas forcément opposés

Aux commerçants victimes de pillages, Emmanuel Macron a promis un accompagnement pour permettre la réouverture. Il a présenté le rétablissement de l’ordre comme la première condition du retour de la confiance dans les centres-villes. En revanche, les modalités précises de cet accompagnement restent à détailler.

Cette distinction compte. Sécuriser une rue ne règle pas, à elle seule, les conséquences d’une vitrine détruite ou d’une fermeture. La capacité à reprendre l’activité dépend aussi des réparations, des démarches d’indemnisation et des ressources disponibles. Un commerce indépendant et une enseigne disposant de plusieurs établissements n’ont pas les mêmes marges pour absorber un arrêt.

Du côté des manifestants, l’enjeu porte sur la possibilité de défendre des demandes sociales sans subir les conséquences des actes violents d’autres groupes. La mobilisation rassemble désormais plusieurs préoccupations. La sécurité répond aux dommages immédiats ; elle ne constitue pas, en elle-même, une réponse au pouvoir d’achat ou aux difficultés des services publics.

Le président reconnaît d’ailleurs cette double exigence. Devant les forces de l’ordre, il a lié l’apaisement à la satisfaction des « attentes légitimes » et au maintien de l’ordre. Mais aucune mesure sociale précise n’accompagne les déclarations rapportées lors de cette visite.

Éloigner les cortèges des centres-villes : une décision qui change la mobilisation

Emmanuel Macron a annoncé que les parcours demandés par les syndicats passeraient hors des centres-villes pour les prochains rassemblements. Il entend prolonger le dispositif appliqué le week-end précédent à Paris et dans plusieurs métropoles. Selon lui, celui-ci a permis de préserver le droit de manifester tout en tenant l’ordre.

Le bilan reste toutefois contrasté dans ses propres déclarations : quelque 80 commerces ont encore été « impactés » lors de ce week-end plus calme. Ce terme ne précise ni la nature des dommages ni leur gravité. Il ne permet donc pas d’assimiler ces situations à autant de pillages.

Le changement de parcours bénéficie d’abord aux secteurs commerçants que les autorités veulent protéger. En contrepartie, il éloigne les revendications des lieux les plus visibles. Il peut aussi compliquer la participation lorsque les itinéraires retenus nécessitent davantage de déplacements. La localisation d’un cortège n’est donc pas un simple réglage technique.

Le cadre administratif prévoit cette possibilité. Comme l’explique Service Public sur l’organisation des manifestations sur la voie publique, les autorités peuvent demander une modification des horaires ou du parcours. Elles peuvent également interdire un rassemblement lorsqu’elles estiment qu’il risque de troubler l’ordre public. Une telle interdiction prend la forme d’un arrêté, une décision administrative formelle.

Les défenseurs des libertés contestent la réponse sécuritaire

Cette orientation rencontre une opposition explicite d’Amnesty International France. Dans une analyse des restrictions au droit de manifester après le 17 octobre, l’organisation dénonce une réponse centrée sur la sécurité, au détriment des libertés. Elle condamne aussi les pillages et les incendies commis par des groupes violents.

Son argument central porte sur la proportionnalité : une restriction doit rester adaptée au risque, sans aller au-delà du nécessaire. Amnesty rappelle qu’en droit international, l’interdiction doit intervenir en dernier recours, lorsqu’aucune mesure moins restrictive ne permet de garantir l’ordre public. Cette position défend notamment les participants pacifiques, qui ne doivent pas perdre leurs droits du fait d’actes commis par d’autres.

Le désaccord ne se résume donc pas à choisir entre sécurité et liberté. Il porte sur les moyens employés, leur étendue et leur justification. Les autorités doivent protéger les personnes et les biens. Les défenseurs des droits demandent qu’elles distinguent les auteurs de violences de ceux qui viennent porter une revendication.

Deux rendez-vous pour mesurer l’apaisement

Les prochaines mobilisations annoncées auront lieu samedi 31 octobre et jeudi 5 novembre 2026. Emmanuel Macron considère déjà le premier rendez-vous comme un samedi « à risque ». Les parcours retenus et les dispositifs policiers permettront de mesurer la traduction concrète de ses annonces.

Deux autres points restent à suivre : les modalités d’aide aux commerces touchés et les réponses aux revendications sociales. Le retour au calme ne dira pas, à lui seul, si les difficultés à l’origine du mouvement trouvent une issue.

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