Après l’attentat raciste de Trappes, l’absence de la droite à l’hommage ravive le débat sur l’unité républicaine
Raphaël Glucksmann critique l’absence de responsables de droite et de ministres à l’hommage organisé à Trappes après un attentat raciste. Au-delà de cette controverse, la réponse publique et la lutte contre les discriminations restent au cœur du débat.

Image composée par IA à partir d'une photo Wikimedia Commons (ℍenry Salomé, CC BY-SA 3.0).
Après l’attentat raciste qui a tué Pengo Bossio Wangi et blessé plusieurs personnes, Raphaël Glucksmann regrette que l’hommage de Trappes n’ait pas réuni davantage de responsables politiques. Une cérémonie nationale a aussi été annoncée, tandis que le débat porte sur la portée des gestes symboliques et sur les moyens de combattre durablement les discriminations.
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Après un attentat raciste, les victimes peuvent-elles compter sur une solidarité qui dépasse les partis ? À Trappes, la présence des responsables politiques lors d’un hommage devient elle-même un sujet de débat.
Lundi 2 novembre 2026, Raphaël Glucksmann a dénoncé l’absence de ministres et de représentants de la droite à la cérémonie du vendredi 30 octobre. Mais cette critique doit se distinguer d’une absence générale de réaction des institutions : un hommage national a également été annoncé.
À Trappes, Glucksmann dénonce une unité nationale manquée
Le 23 octobre, une attaque raciste a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi et blessé plusieurs personnes dans les Yvelines. L’assaillant a reconnu avoir ciblé des personnes en fonction de leur apparence, associée à une origine ou une religion. Il a aussi expliqué avoir délibérément choisi Trappes.
Une semaine plus tard, des responsables de gauche ont participé à un hommage aux victimes. Présent sur place, Raphaël Glucksmann juge que ce rassemblement aurait dû réunir bien davantage que sa famille politique.
« J’ai regretté qu’il n’y ait pas eu ce moment d’unité nationale », a déclaré le député européen, candidat PS-Place publique à la présidentielle. Il a ensuite interrogé l’absence de ministres et des différentes composantes de la droite.
Son accusation prend la forme d’une question : « Parce que les victimes étaient noires et arabes ? » Cette interrogation exprime son interprétation politique des absences. Elle ne démontre pas les motivations des responsables concernés.
Le message défendu par Glucksmann est clair : la condamnation du racisme ne devrait pas dépendre de l’appartenance partisane. Pour lui, participer ensemble à cet hommage aurait permis d’affirmer une même protection républicaine pour toutes les victimes.
Des gestes institutionnels, malgré la controverse
Le rassemblement du 30 octobre ne résume toutefois pas toute la réponse publique. Dès le 27 octobre, les députés ont observé une minute de silence à l’Assemblée nationale, devant des membres de la famille de Pengo Bossio Wangi et le maire de Trappes, Ali Rabeh. Un hommage national présidé par Sébastien Lecornu a ensuite été annoncé.
Ces gestes nuancent donc l’idée d’un silence des institutions. En revanche, ils ne répondent pas exactement au reproche de Glucksmann : celui-ci porte sur la participation commune à une cérémonie précise, au plus près des habitants.
De son côté, Emmanuel Macron a appelé à l’unité et à la dignité. Selon le compte rendu gouvernemental du Conseil des ministres, il a également déploré la faiblesse de la compassion initiale et dénoncé les tentatives d’instrumentalisation. L’exécutif défend ainsi un rassemblement national tout en mettant en garde contre l’exploitation politique du drame.
Deux enjeux se superposent. Pour les proches, il s’agit de reconnaître une vie perdue et la gravité du ciblage raciste. Pour les responsables politiques, ces cérémonies engagent aussi leur crédibilité sur l’égalité entre citoyens.
La gauche présente peut affirmer son engagement antiraciste. L’exécutif dispose, lui, du levier d’une cérémonie nationale. Mais aucun de ces bénéfices politiques ne permet, à lui seul, de mesurer le soutien concret apporté aux victimes.
Le racisme ne se mesure pas seulement aux hommages
Glucksmann décrit une intolérance devenue presque naturelle dans la société. Les données publiques invitent à préciser ce diagnostic, sans minimiser les violences.
Le rapport de la CNCDH sur le racisme en 2025 recense 9 737 crimes et délits racistes, xénophobes ou antireligieux enregistrés par les forces de sécurité. Cela représente une hausse de 5 % par rapport à 2024. Ces chiffres concernent les faits enregistrés, pas l’ensemble des expériences vécues.
Parallèlement, l’indice de tolérance de cette commission indépendante reste stable, à 64 sur 100, près de son niveau historique le plus élevé. Les deux constats ne se contredisent pas : l’évolution générale des opinions et celle des infractions enregistrées mesurent des réalités différentes.
Les conséquences varient aussi selon les situations. Une personnalité publique peut dénoncer le racisme devant une large audience. Un salarié, un candidat à l’embauche ou une famille cherchant un logement doit, en plus, préserver ses ressources et ses possibilités d’accès.
Le Défenseur des droits documente ces discriminations dans la vie quotidienne. En 2025, près de la moitié des réclamations reçues concernant l’origine portaient sur l’emploi : 34 % dans le privé et 14 % dans le public. Ces proportions décrivent les dossiers adressés à l’institution, non la fréquence dans toute la population.
L’inéligibilité, une proposition à encadrer
Au-delà des cérémonies, Glucksmann demande d’empêcher les personnes condamnées pour certaines infractions racistes ou antisémites d’être élues. L’inéligibilité signifie l’interdiction de se présenter à une élection pendant une durée déterminée.
Cette proposition vise à renforcer l’exemplarité des élus et la confiance des citoyens. Cependant, sa traduction juridique suppose de préciser les infractions concernées, la durée des sanctions et la place laissée au juge.
Le précédent de 2017 rappelle cette contrainte. Le Conseil constitutionnel avait censuré l’extension de l’inéligibilité obligatoire à plusieurs délits de presse, notamment racistes, au nom de la liberté d’expression. Cette limite constitutionnelle ne nie pas la nécessité des sanctions : elle encadre leur proportionnalité.
La prochaine étape annoncée reste l’hommage national à Pengo Bossio Wangi, dont la date n’a pas encore été précisée. Sa composition et les engagements qui l’accompagneront permettront de distinguer le rassemblement symbolique des suites concrètes données à la lutte contre le racisme.



