Nathalie Arthaud défend une rupture sociale et refuse le barrage RN par le vote, au nom des travailleurs
À la fête de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud a rejeté l’idée d’un front républicain contre le RN. Elle dit que le vote ne suffit pas et défend une ligne de rupture avec le capitalisme.

Quand le débat public se tend autour du « front républicain », une question revient pour beaucoup d’électeurs : faut-il voter contre l’extrême droite, ou construire autre chose en dehors des urnes ? Nathalie Arthaud, elle, tranche net : pour elle, le « cirque électoral » ne suffit pas à faire barrage au Rassemblement national.
Une ligne politique sans détour
Ce dimanche 24 mai, à la fête annuelle de Lutte ouvrière à Presles, dans le Val-d’Oise, la porte-parole du parti a repris un refrain constant chez les trotskistes : les élections ne changent pas le fond du système, elles servent surtout à l’entretenir. Nathalie Arthaud a ainsi rejeté l’idée qu’une simple mobilisation électorale suffirait à bloquer le RN en 2027.
Le cadre est clair. Lutte ouvrière défend un projet ouvertement révolutionnaire, fondé sur « l’expropriation de la grande bourgeoisie » et la « propriété commune des moyens de production ». Le parti ne cache pas que sa candidature vise d’abord à faire entendre ces idées, pas à gérer l’État dans sa forme actuelle.
La fête de Presles sert justement de vitrine à cette ligne. Le parti y rassemble ses militants et ses sympathisants autour de débats politiques, de meetings et de discussions sur la guerre, le capitalisme et l’extrême droite. Dans sa communication, LO présente cet événement comme un moment de mobilisation militante autant que de diffusion idéologique.
Ce que Nathalie Arthaud met en cause
Dans son intervention, Nathalie Arthaud vise d’abord le pouvoir en place. Elle estime que le gouvernement a déjà repris une large part de la politique portée par Marine Le Pen et Jordan Bardella, notamment sur l’immigration et l’ordre public. Elle cite Gérald Darmanin et Bruno Retailleau pour illustrer cette évolution vers un discours plus dur.
Son angle est politique, mais il repose sur un contexte réel : l’État a bien durci sa politique migratoire. Le ministère de l’Intérieur indique que les régularisations ont reculé en 2025, après la loi du 26 janvier 2024 « pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration » et une circulaire de janvier 2025 qui a modifié les critères d’admission exceptionnelle au séjour.
Autre élément de contexte : la dématérialisation des démarches via l’ANEF, censée simplifier les procédures, reste critiquée pour ses effets sur le terrain. Amnesty International a publié en 2025 un rapport dénonçant un système de titres de séjour « dysfonctionnel » qui peut précariser des travailleurs étrangers en règle et rendre les démarches plus difficiles.
C’est là que le discours de LO trouve un écho concret. Quand Nathalie Arthaud parle de préfectures qui « transforment en enfer » le renouvellement des cartes de séjour, elle s’adresse à des personnes qui vivent souvent dans l’attente d’un rendez-vous, d’un récépissé ou d’une réponse administrative. Pour elles, un retard de dossier peut vite devenir une perte d’emploi, de droits sociaux ou de logement.
Qui gagne, qui perd ?
Sur le fond, les propositions de Nathalie Arthaud bénéficient d’abord aux étrangers sans papiers et aux salariés précaires qu’elle veut régulariser. Elles visent aussi, plus largement, les travailleurs français et étrangers qu’elle place dans le même camp social, contre le patronat et la grande propriété. C’est la grammaire classique de LO : diviser le moins possible les salariés, unir les colères, et faire de l’immigration un sujet de droits plutôt que de contrôle.
À l’inverse, les positions plus dures sur l’immigration servent un autre objectif : montrer que l’État contrôle ses frontières et rassurer un électorat inquiet. Dans les faits, ce durcissement pèse surtout sur les étrangers qui doivent renouveler un titre, demander une régularisation ou justifier leur présence en préfecture. Il pèse aussi sur les employeurs des secteurs qui recrutent une main-d’œuvre étrangère, notamment dans le bâtiment, la logistique, l’aide à domicile ou la restauration.
Mais la ligne de LO a sa limite. En refusant le terrain électoral comme instrument central, le parti se place hors des logiques d’alternance. Cela permet une parole nette, sans compromis. En revanche, cela laisse entière la question qui travaille une partie de la gauche : comment empêcher concrètement une victoire du RN si la bataille politique se joue aussi dans les urnes ?
Une gauche éclatée face au RN
Sur ce point, Nathalie Arthaud prend aussi ses distances avec d’autres formations de gauche. Elle dit partager des colères avec le Parti communiste et La France insoumise, mais pas la même perspective. Pour elle, ces forces cherchent au mieux à aménager le capitalisme. LO, au contraire, veut son renversement pur et simple.
Cette différence n’est pas qu’idéologique. Elle dit aussi quelque chose du rapport de force à gauche. D’un côté, les partis de gouvernement ou de coalition cherchent des majorités et des compromis. De l’autre, LO reste dans une logique de témoignage militant, avec un discours de rupture. Entre les deux, le débat sur le « front républicain » revient comme une vieille fracture : faut-il faire barrage par le vote, par la rue, ou par les deux ?
Le gouvernement, lui, occupe un espace ambigu. Il promet de tenir face au RN tout en durcissant lui-même le discours sur l’immigration et l’ordre public. C’est précisément ce que Nathalie Arthaud met en accusation : selon elle, quand le pouvoir reprend une partie des thèmes de l’extrême droite, il brouille les repères et alimente la confusion politique.
Ce qu’il faudra surveiller
La suite se jouera sur deux scènes. D’abord, à gauche, avec la manière dont les partis répondront à la question du barrage au RN à l’approche de 2027. Ensuite, sur le terrain social et administratif, avec l’application concrète de la politique migratoire et ses effets sur les préfectures, les employeurs et les étrangers concernés. Si le débat reste enfermé entre durcissement et dénonciation, la bataille pour le vote populaire pourrait encore se jouer sans réponse commune.



