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Le 13 octobre 1946 : la France approuve une Constitution sans plébiscite, mais ses droits sociaux traversent les Républiques

Une majorité dans les urnes ne fait pas toujours un consensus dans le pays. Quatre-vingts ans après la naissance de la IVe République, ses débuts divisés et son héritage social éclairent encore la défiance envers les institutions.

Constitution IVe République
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Le 13 octobre 1946, les Français approuvent par référendum la Constitution de la IVe République. Le oui l’emporte avec 53,2 % des suffrages exprimés, mais ne rassemble qu’environ 36 % des électeurs inscrits : une victoire juridique nette, une adhésion politique plus étroite. Quatre-vingts ans plus tard, cet écart interroge toujours la légitimité des institutions, tandis que les droits sociaux proclamés par ce texte continuent de protéger les citoyens.

Après la Libération, reconstruire aussi les institutions

Il ne suffit pas de remettre un Parlement en place. À la sortie de la guerre, la France doit décider comment organiser ses pouvoirs publics. Le 21 octobre 1945, les électeurs choisissent une Assemblée et lui donnent, par référendum, la mission de rédiger une nouvelle Constitution. Trois forces dominent cette assemblée : le Parti communiste français, la SFIO socialiste et le Mouvement républicain populaire, de sensibilité démocrate-chrétienne. L’Assemblée nationale retrace cette élaboration mouvementée des institutions de la Libération.

Le désaccord porte sur une question décisive : qui doit tenir les commandes ? Les représentants élus, un gouvernement capable de durer, un chef de l’État placé au-dessus des partis ? Le premier projet, soutenu par les communistes et les socialistes, prévoit une assemblée unique. Le MRP s’y oppose. Le 5 mai 1946, les électeurs rejettent ce texte. La souveraineté populaire ne sert donc pas seulement à approuver : elle oblige les constituants à recommencer.

Une nouvelle Assemblée constituante est élue le 2 juin. Georges Bidault, figure du MRP et ancien président du Conseil national de la Résistance, prend ensuite la tête du Gouvernement provisoire. Le deuxième projet réintroduit une seconde chambre, le Conseil de la République. Mais celle-ci dispose initialement de pouvoirs limités : elle donne des avis, tandis que l’Assemblée nationale conserve le dernier mot sur les lois. Le récit historique du Sénat sur le Conseil de la République décrit ce compromis institutionnel.

Charles de Gaulle défend une autre architecture. Dans son discours de Bayeux du 16 juin 1946, il expose une conception renforçant la fonction présidentielle. Son opposition ne porte pas sur la nécessité de nouvelles institutions, mais sur leur équilibre. Derrière les articles constitutionnels, deux préoccupations se confrontent : assurer la primauté de la représentation nationale et éviter qu’un gouvernement soit paralysé par les rapports entre partis.

Le 13 octobre, une majorité qui ne rassemble pas tout le pays

Le deuxième projet est adopté par les constituants, par 440 voix contre 106. Puis vient le verdict des urnes. Le 13 octobre 1946, environ 9,3 millions d’électeurs votent oui, contre 8,2 millions qui votent non. Selon les résultats du référendum présentés par l’Assemblée nationale, les suffrages exprimés se répartissent entre 53,2 % d’approbation et 46,8 % de rejet. Le texte est promulgué le 27 octobre : cette date doit être distinguée de celle de son approbation populaire.

La différence entre 53,2 % et environ 36 % tient au dénominateur. Le premier chiffre rapporte les oui aux suffrages exprimés, c’est-à-dire aux votes valables pour ou contre. Le second les rapporte à l’ensemble des inscrits, y compris ceux qui n’ont pas voté ou n’ont pas exprimé un choix valable. La présentation de la Constitution de 1946 par l’Élysée souligne cette base électorale restreinte.

Il serait toutefois trompeur de transformer tous les abstentionnistes en adversaires du texte. Leur absence ne permet pas, à elle seule, de connaître leur opinion. Le référendum tranche une décision selon ses règles ; il ne démontre pas que toute la société partage le même enthousiasme. La IVe République naît d’une majorité effective, pas d’un plébiscite.

Le texte cherche également à limiter l’instabilité gouvernementale, en encadrant la confiance et la censure. Ces précautions ne suffiront pas : le Sénat recense vingt-trois ministères entre 1946 et 1958. Mais cette succession ne doit pas être expliquée par le seul résultat du référendum. Une adhésion initiale limitée et les difficultés ultérieures du régime sont deux faits distincts, pas une relation automatique de cause à effet.

La Constitution ne se résume surtout pas à la mécanique parlementaire. Son préambule affirme l’égalité des droits entre femmes et hommes, la liberté syndicale, le droit de grève et des garanties concernant la santé, la sécurité matérielle ou l’instruction. La démocratie est pensée comme une organisation des pouvoirs, mais aussi comme une promesse de protection.

En 2026, la légitimité se joue au-delà du résultat électoral

Le rapprochement avec la France contemporaine doit rester mesuré. Un référendum constituant de l’après-guerre n’est pas comparable terme à terme à une enquête d’opinion. Mais il aide à distinguer trois choses : la validité d’une décision, l’étendue de son soutien et la confiance dans ceux qui l’appliquent. Gagner selon les règles ne dispense pas de convaincre dans la durée.

Les données de 2026 rendent cette distinction particulièrement concrète. Dans le Baromètre de la confiance politique publié par le CEVIPOF le 9 février 2026, réalisé par OpinionWay, seuls 22 % des Français interrogés déclarent avoir confiance dans la politique et 20 % dans l’Assemblée nationale. Les maires recueillent, eux, 60 % de confiance. La défiance n’atteint donc pas toutes les institutions de la même manière.

Elle ne signifie pas non plus un rejet uniforme de la démocratie. Dans leur analyse des résultats du baromètre 2026, les chercheurs du CEVIPOF relèvent que 82 % des personnes interrogées soutiennent le système démocratique, tandis que près de 60 % considèrent qu’il faudrait changer de Constitution. Ces réponses expriment une demande de renouvellement ; elles ne désignent pas, à elles seules, une réforme précise. Renforcer la représentation, la participation ou l’efficacité gouvernementale implique des choix différents.

L’autre actualité de 1946 est moins visible, mais juridiquement décisive. La Constitution de 1958 renvoie explicitement à son préambule. Celui-ci appartient au bloc de constitutionnalité présenté par le Conseil constitutionnel, l’ensemble des normes constitutionnelles qui servent notamment au contrôle des lois. Le régime parlementaire a disparu ; ses garanties sociales n’ont pas été effacées.

Un exemple récent le montre. Dans sa décision du 8 août 2025 sur les bénéficiaires du congé de paternité et d’accueil de l’enfant, le Conseil constitutionnel mobilise les dixième et onzième alinéas du préambule de 1946 pour examiner la protection de la vie familiale et de l’intérêt supérieur de l’enfant. Il valide les dispositions contestées sous une réserve fondée sur l’égalité. Ces principes ne dictent donc pas une solution politique unique : ils encadrent les choix du législateur.

Voilà le double héritage du 13 octobre 1946. Une Constitution peut être régulièrement approuvée sans susciter une adhésion générale. Et un régime peut disparaître en laissant des droits durables. Pour la France de 2026, l’enjeu n’est pas seulement de savoir qui décide, mais comment obtenir la confiance et quelles garanties préserver, quelle que soit la majorité.

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