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Le 21 septembre 1792 : la Convention abolit la royauté, mais la République doit encore conquérir sa légitimité

En quelques mots, les députés effacent une institution vieille de plusieurs siècles. Cette rupture révèle pourtant un paradoxe toujours actuel : le droit peut refonder le pouvoir, mais il ne suffit pas à rétablir la confiance.

abolition de la royauté
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Le 21 septembre 1792, les députés de la Convention nationale tiennent leur première séance et abolissent la royauté à l’unanimité. Le décret est bref. La rupture, immense. Pourtant, la République qui émerge de cette décision ne possède encore ni Constitution durable, ni institutions stabilisées, ni confiance politique solidement établie.

Ce basculement ne vient pas de nulle part. Il clôt l’échec de la monarchie constitutionnelle, sanctionne la chute de Louis XVI et intervient dans une France en guerre. Il pose surtout une question qui traverse encore la vie publique : comment un pouvoir devient-il légitime lorsque les règles anciennes ne convainquent plus, mais que les nouvelles restent à construire ?

Une monarchie constitutionnelle épuisée par la défiance

Trois ans après la prise de la Bastille, la France n’est déjà plus une monarchie absolue. La Constitution de septembre 1791 a limité les pouvoirs du roi, confié le vote des lois à une assemblée élue et consacré la souveraineté nationale. Louis XVI reste chef de l’exécutif. Il dispose notamment d’un veto suspensif. Le compromis doit réconcilier la monarchie et la Révolution.

Mais le texte ne répare pas la confiance. La fuite du roi, arrêté à Varennes en juin 1791, a profondément altéré son image. Ses opposants le soupçonnent de chercher l’appui des puissances étrangères et des émigrés pour reprendre le contrôle du pays. Ses vetos contre plusieurs décrets révolutionnaires nourrissent encore l’idée d’un souverain placé en travers de la volonté nationale.

Au printemps 1792, la France déclare la guerre à l’Autriche. Les premiers revers militaires aggravent la crise politique. Le manifeste du duc de Brunswick, commandant des armées prussiennes et autrichiennes, menace Paris si la famille royale est atteinte. Loin de protéger Louis XVI, cette intimidation renforce les accusations de collusion avec l’ennemi.

Le 10 août 1792, des fédérés et des insurgés parisiens prennent le palais des Tuileries. La monarchie constitutionnelle s’effondre dans la violence. L’Assemblée législative suspend le roi, convoque une Convention nationale et met en place un Conseil exécutif provisoire. Louis XVI et sa famille sont emprisonnés au Temple le 13 août. Le roi conserve encore son titre, mais il n’exerce plus le pouvoir. Le dossier historique de l’Assemblée nationale sur la journée du 10 août 1792 décrit cette suspension comme le prélude direct à l’abolition.

Une nouvelle assemblée doit désormais fixer le régime. Son élection marque une avancée majeure : pour la première fois en France, le suffrage universel masculin remplace la distinction entre citoyens actifs et citoyens passifs. Le vote reste indirect. Les femmes, les domestiques et certaines catégories d’hommes en demeurent exclus. Surtout, la participation est extrêmement faible : l’Assemblée nationale estime l’abstention à près de 90 %. La Convention possède donc un mandat juridiquement nouveau, mais socialement fragile.

Le 21 septembre, quelques mots mettent fin à la royauté

Les conventionnels se réunissent pour la première fois le 21 septembre. Ils sont 749 selon le décompte présenté par l’Assemblée nationale. Parmi eux figurent les grandes forces politiques de la Révolution : les Girondins, les Montagnards et les députés de la Plaine, appelée aussi le Marais. Ils s’opposeront bientôt avec une violence croissante. Sur la royauté, cependant, aucune majorité ne cherche plus sérieusement à sauver l’institution.

La veille, l’armée française a arrêté l’avancée prussienne à Valmy. La portée militaire immédiate de la bataille ne doit pas être exagérée, mais son effet politique est considérable. La Révolution, que beaucoup imaginaient au bord de l’effondrement, résiste à l’invasion. La nouvelle assemblée peut ouvrir ses travaux sans que la capitale soit tombée aux mains de la coalition monarchique.

Jean-Marie Collot d’Herbois propose alors d’abolir la royauté. Le débat est bref. Le document conservé par les Archives nationales et présenté par L’Histoire par l’image porte une formule sans détour : « La Convention nationale décrète que la royauté est abolie en France. » Le décret est adopté à l’unanimité.

Le même jour, la Convention affirme également qu’aucune Constitution ne peut exister sans avoir été acceptée par le peuple. Le texte du décret reproduit par l’Élysée associe ainsi deux gestes : supprimer la royauté et placer la source de l’ordre constitutionnel dans le consentement populaire.

Il faut toutefois distinguer l’abolition du 21 septembre de la fondation symbolique de la République. Le lendemain, les députés décident que les actes publics seront désormais datés de « l’an premier de la République française ». Le 25 septembre, ils déclarent la République « une et indivisible ». L’abolition de la royauté ouvre donc le nouveau régime davantage qu’elle ne l’achève.

La suite rappelle qu’un changement de nom ne stabilise pas instantanément un pays. La Convention devra affronter la guerre extérieure, les insurrections intérieures, une crise économique et la lutte entre factions. La Constitution de 1793, pourtant approuvée par voie populaire, ne sera jamais réellement appliquée. La Première République connaîtra plusieurs formes de gouvernement avant le coup d’État de Bonaparte en 1799, puis l’Empire en 1804.

En 2026, l’attachement à la démocratie ne suffit plus à produire la confiance

La France contemporaine n’est évidemment pas au seuil d’une rupture comparable. Ses institutions disposent de règles constitutionnelles, d’élections régulières et de mécanismes de contrôle. L’article 3 de la Constitution de 1958 affirme que la souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exerce par ses représentants et par référendum. L’article 89 encadre la révision constitutionnelle : selon l’origine du texte, l’approbation passe par référendum ou, pour un projet présidentiel, peut être obtenue par une majorité des trois cinquièmes du Parlement réuni en Congrès. La procédure de révision de la Constitution organise donc la réforme sans imposer la rupture.

Mais la question de la légitimité revient avec force. Le Baromètre de la confiance politique publié par le CEVIPOF en février 2026 constate que seuls 22 % des Français déclarent avoir confiance dans la politique. La confiance atteint 20 % pour l’Assemblée nationale, 18 % pour le président de la République et 15 % pour les partis politiques. À l’inverse, les maires recueillent 60 % de confiance. La proximité résiste mieux que les institutions nationales.

Le paradoxe est net. Selon la même enquête, 82 % des répondants considèrent encore la démocratie comme un bon système de gouvernement. Pourtant, près de 60 % estiment qu’il faudrait changer de Constitution. La demande de transformation ne traduit donc pas nécessairement un rejet de la démocratie. Elle exprime aussi le sentiment que ses mécanismes actuels représentent mal, décident mal ou rendent insuffisamment compte de leurs résultats.

Les solutions souhaitées dessinent un débat très contemporain. Le Baromètre 2026 du CEVIPOF indique que 79 % des personnes interrogées veulent un recours plus fréquent au référendum, 77 % soutiennent l’organisation de conventions citoyennes et 79 % souhaitent que leurs propositions puissent ensuite être soumises au vote populaire.

Ces chiffres ne tranchent pas le débat institutionnel. La démocratie directe peut renforcer l’appropriation d’une décision, mais elle peut aussi simplifier des choix complexes. Les conventions citoyennes ouvrent la délibération, sans résoudre automatiquement la question de leur mandat ni celle du devenir de leurs propositions. Le Parlement garantit la représentation pluraliste, mais il perd de sa force lorsque les citoyens ne se reconnaissent plus dans son fonctionnement.

Le 21 septembre 1792 ne fournit donc aucune recette pour 2026. Il délivre plutôt un avertissement. Une architecture institutionnelle peut devenir inopérante lorsqu’elle n’est plus soutenue par la confiance. Inversement, proclamer un principe nouveau ne suffit pas à créer une légitimité durable. Entre représentation, référendum et participation citoyenne, la souveraineté populaire reste moins une formule acquise qu’un équilibre à reconstruire sans cesse.

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