Détroit d’Ormuz : pourquoi la tournée de Macron dans le Golfe peut peser sur l’énergie et les factures en France
Du 19 au 21 octobre 2026, Emmanuel Macron visitera quatre pays du Golfe pour parler de stabilité, d’énergie et de coopération économique. La sécurité du détroit d’Ormuz et les retombées concrètes des partenariats seront au cœur des enjeux.

Emmanuel Macron prévoit une tournée au Koweït, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Qatar du 19 au 21 octobre 2026. Les discussions doivent porter sur la libre navigation dans le détroit d’Ormuz, les approvisionnements énergétiques et les investissements. Pour les Français, l’enjeu est de limiter l’exposition aux crises qui perturbent les marchés et peuvent renchérir l’énergie.
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Pourquoi une crise dans le Golfe peut-elle peser sur le plein d’essence et les coûts des entreprises françaises ? C’est ce lien entre sécurité régionale et vie quotidienne qu’Emmanuel Macron entend traiter lors de sa prochaine tournée.
Du 19 au 21 octobre 2026, le président se rendra au Koweït, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Qatar. L’Élysée annonce trois priorités : rétablir la stabilité, sécuriser les approvisionnements énergétiques et renforcer les partenariats économiques. Ces objectifs se rejoignent, sans profiter nécessairement aux mêmes acteurs.
Ormuz, un passage stratégique jusque dans les budgets français
Le détroit d’Ormuz relie le golfe Persique à la mer d’Arabie, entre l’Iran et la péninsule Arabique. Les navires y transportent des volumes considérables d’hydrocarbures. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie sur Ormuz, environ 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers y transitaient quotidiennement en 2025. Cela représentait près du quart du commerce maritime mondial de pétrole.
La majorité de ces cargaisons partait vers l’Asie. Pourtant, l’Europe ne reste pas à l’écart des conséquences : une perturbation de l’offre modifie les prix sur les marchés mondiaux. L’AIE souligne aussi la dépendance du commerce de gaz naturel liquéfié, du gaz refroidi pour voyager par bateau. Près d’un cinquième des échanges mondiaux empruntait ce passage.
La tournée intervient après plusieurs mois de tensions et d’attaques iraniennes contre les pays du Golfe, en représailles à la guerre menée par les États-Unis. Les frappes contre des infrastructures stratégiques fragilisent leur sécurité et leur activité économique. Pour ces États, protéger les exportations revient donc aussi à préserver les revenus qui soutiennent leur modèle de développement.
L’Élysée indique qu’Emmanuel Macron poursuivra ses échanges en faveur du « retour à la stabilité et à la libre navigation dans le détroit d’Ormuz ». La présidence relie explicitement cette démarche à la protection des Français contre les conséquences de la crise énergétique.
Quatre étapes, des intérêts distincts
Au Koweït, Emmanuel Macron rencontrera l’émir Cheikh Mechal al-Ahmad al-Jaber al-Sabah. Les discussions porteront sur la défense, les infrastructures et la santé. Paris cherche ainsi à élargir une coopération qui concerne autant les besoins de sécurité que les équipements et les services.
Aux Émirats arabes unis, l’entretien avec Cheikh Mohamed bin Zayed Al-Nahyan concernera notamment la défense, la sécurité et les nouvelles technologies. L’intelligence artificielle figure parmi les piliers du partenariat mis en avant par la présidence française.
À Bahreïn, les échanges avec le roi Hamad bin Isa Al Khalifa porteront sur les relations économiques et militaires. Paris accordera une attention particulière aux investissements bahreïniens en France. Cette étape s’inscrit dans le prolongement d’un accord de coopération militaire signé en février 2026.
Enfin, le président effectuera une visite d’État au Qatar les 20 et 21 octobre, à l’invitation de Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani. Les échanges économiques, la défense et les dossiers régionaux seront au programme. Pour la France, ces partenariats doivent ouvrir des débouchés aux entreprises et attirer des capitaux. Les dirigeants du Golfe cherchent, eux, des coopérations sécuritaires, technologiques et économiques.
Diversifier les fournisseurs ne suffit pas à diversifier les routes
La difficulté dépasse la signature de nouveaux contrats. Acheter des hydrocarbures à plusieurs producteurs ne protège pas entièrement contre une crise si leurs cargaisons empruntent le même détroit. Le Koweït, le Qatar et Bahreïn dépendent largement d’Ormuz pour leurs exportations pétrolières, rappelle l’AIE dans sa présentation des dépendances énergétiques du Golfe.
Les Émirats disposent d’une route pétrolière alternative vers le port de Fujairah. Mais les possibilités de contournement restent limitées à l’échelle régionale. Pour le gaz liquéfié qatari, les contraintes sont encore plus fortes : les installations existantes n’offrent pas de solution équivalente permettant d’éviter Ormuz.
Il faut donc distinguer deux leviers : sécuriser les livraisons et réduire la dépendance aux hydrocarbures. Dans son rapport sur les réponses au choc pétrolier de 2026, l’AIE présente la reprise du transit comme essentielle. Elle souligne aussi le rôle des économies de consommation, notamment dans les transports.
Cette seconde approche soulève une question d’équité. Le même rapport précise que le télétravail peut réduire les déplacements lorsque les métiers le permettent. On ne peut donc pas attendre le même effort d’un salarié travaillant à distance et d’un travailleur devant rejoindre chaque jour son poste. De même, une coopération commerciale ne constitue pas, à elle seule, une garantie de baisse des factures.
Investissements et droits humains : deux mesures du partenariat
La relation économique avec Doha possède déjà un précédent important. Lors de la visite de l’émir en France, en février 2024, le Qatar s’était engagé à investir 10 milliards d’euros. La Direction générale du Trésor détaille les secteurs concernés par cet engagement : transition énergétique, semi-conducteurs, aéronautique et spatial, intelligence artificielle, numérique, santé et culture.
Cet engagement ne doit pas se confondre avec un montant intégralement investi. Pour apprécier les retombées du partenariat, il faudra distinguer les annonces, les opérations effectivement réalisées et les entreprises bénéficiaires. L’arrivée de capitaux répond à un objectif économique ; elle ne décrit pas, à elle seule, leur répartition.
Une autre lecture vient des organisations de défense des droits humains. Dans son bilan de la situation au Qatar en 2025, Amnesty International souligne que les travailleurs migrants restent exposés aux abus malgré les réformes. L’organisation relève aussi des restrictions persistantes à la liberté d’expression et de réunion.
Ces constats éclairent l’impact différencié du développement économique : les États et les investisseurs négocient les partenariats, tandis que les travailleurs subissent les conditions concrètes de leur mise en œuvre. Ils apportent un contrepoint nécessaire au seul bilan commercial.
Le 21 octobre, les engagements climatiques à l’épreuve
Emmanuel Macron participera le 21 octobre à la session plénière du One Planet Sovereign Wealth Funds Network. Cette coalition de fonds souverains, des structures qui investissent pour le compte d’États, porte des engagements climatiques depuis son lancement en décembre 2017.
La tournée juxtapose ainsi deux horizons : sécuriser les hydrocarbures dans l’urgence et financer la transition à plus long terme. Du 19 au 21 octobre, les annonces seront à examiner sur trois points précis : les mesures concernant Ormuz, les engagements d’approvisionnement et les investissements effectivement décidés. La réunion des fonds souverains permettra également d’observer quelle place les projets climatiques occupent dans ce programme.



