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INSTITUTIONS Bruxelles reprend l’initiative

Face aux crises, l’Europe veut reprendre la main sur son énergie, sa sécurité et ses technologies stratégiques

Dans son discours sur l’état de l’Union, Ursula von der Leyen défend une Europe plus autonome. Défense, énergie, Canada, IA et migrations figurent parmi les priorités annoncées.

L’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, avec ses pupitres, micros et écrans individuels.
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En bref

Ursula von der Leyen veut renforcer la capacité de l’Union européenne à agir sans dépendre excessivement de puissances extérieures. Son programme associe coopération militaire, diversification énergétique, sécurisation des matières premières, soutien à l’Ukraine, encadrement de l’intelligence artificielle et protection des citoyens.

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Que peut changer, dans la vie quotidienne, une Europe qui veut décider davantage par elle-même ? Derrière les mots « indépendance » et « souveraineté », il est question d’énergie, de sécurité, d’emplois, de technologies et de capacité à résister aux pressions extérieures.

Une Europe plus autonome dans un monde plus instable

Ursula von der Leyen a placé cette question au centre de son sixième discours sur l’état de l’Union, prononcé mercredi 16 septembre 2026 devant le Parlement européen, à Strasbourg. Ce rendez-vous annuel permet à la présidente de la Commission européenne de dresser un bilan et de présenter les priorités de l’année à venir. Le discours sur l’état de l’Union 2026 s’inscrit dans cette tradition institutionnelle.

Son message tient en une formule : « Le sort de l’Europe doit rester aux mains des Européens ». Pour la dirigeante allemande, l’Union doit renforcer sa capacité d’action dans un environnement marqué par les tensions commerciales, les conflits, les dépendances industrielles et les menaces hybrides. Ce terme désigne des actions qui ne relèvent pas d’une guerre classique, comme les cyberattaques, les sabotages, la désinformation ou les incursions de drones.

La Commission veut donc agir sur plusieurs fronts à la fois. Défense, énergie, matières premières, intelligence artificielle, climat, migrations et protection de l’État de droit ont été placés dans un même cadre : réduire les vulnérabilités européennes.

Le Canada, partenaire privilégié de Bruxelles

L’annonce la plus symbolique concerne le Canada. Ursula von der Leyen a déclaré vouloir travailler à la création d’un statut de « membre associé » de l’Union européenne pour Ottawa. Ce statut n’existe pas aujourd’hui dans les traités européens. Ses contours restent donc à définir.

L’idée prolongerait le rapprochement entre les deux partenaires. L’accord commercial CETA, signé en 2016, constitue déjà la base de leurs relations économiques. La présidente de la Commission souhaite désormais élargir cette coopération à la défense, à l’Arctique, à l’énergie, aux batteries, aux matières premières critiques, à l’intelligence artificielle, au quantique et à la cybersécurité.

Cette évolution répond aussi à un contexte politique nord-américain plus incertain. En renforçant ses liens avec Ottawa, Bruxelles chercherait à diversifier ses alliances sans attendre une initiative de Washington. Ursula von der Leyen a résumé cette proximité en déclarant au Premier ministre canadien Mark Carney : « Nous partageons un océan, un ensemble de valeurs et une façon de voir le monde. »

Pour le Canada, un tel partenariat offrirait un accès plus large aux programmes et aux coopérations européennes. Pour l’Union, il permettrait de consolider une relation avec une puissance disposant de ressources énergétiques, minières et militaires importantes. Mais sa mise en œuvre dépendrait d’un accord politique entre les États membres et le Parlement européen.

Défense : passer de la réaction à la coordination

La sécurité européenne a occupé une place centrale dans le discours. Ursula von der Leyen a évoqué les incidents récents en Lituanie, au Danemark et en Pologne, attribués à la Russie, ainsi que les risques de sabotage, de cyberattaque et d’incursion de drones.

Elle a proposé une nouvelle stratégie européenne de sécurité et un mode d’emploi commun contre les attaques hybrides. Elle souhaite aussi créer un « article 4 européen ». Sur le modèle de l’article 4 de l’Otan, ce mécanisme permettrait à un État confronté à une menace de réunir ses partenaires afin de coordonner une réponse.

La Commission envisage également un Conseil européen de sécurité associant des États membres et certains partenaires extérieurs. Un nouvel instrument pourrait financer des capacités communes, de la défense aérienne au cyberespace. « L’Europe défendra chaque mètre carré de son territoire », a affirmé Ursula von der Leyen.

Cette ambition se heurte toutefois à une difficulté concrète : la défense reste largement contrôlée par les États. Les gouvernements décident de leurs armées, de leurs budgets et de leurs achats. Une coordination européenne peut réduire les doublons et améliorer l’interopérabilité, c’est-à-dire la capacité de matériels différents à fonctionner ensemble. Elle ne supprime pas les divergences politiques entre capitales.

Le soutien à l’Ukraine reste lié à cette stratégie. La présidente de la Commission a promis une aide humanitaire et énergétique renforcée pendant l’hiver. Elle a aussi défendu le développement d’un système européen de défense antimissile avec Kiev, baptisé « Freyja », tout en soutenant l’achat de missiles Patriot américains.

Énergie et matières premières : réduire les dépendances

L’indépendance européenne passe aussi par l’économie. Ursula von der Leyen veut approfondir le marché unique grâce à la feuille de route « Une Europe, un marché ». Bruxelles vise notamment une accélération des permis et une simplification administrative.

La Commission estime que douze propositions dites « omnibus » pourraient réduire les charges des entreprises de près de 17 milliards d’euros par an. Ces mesures peuvent surtout profiter aux entreprises capables de mobiliser des services juridiques et administratifs. Les petites structures attendent, elles, de voir si la simplification annoncée se traduira réellement par moins de démarches.

L’énergie constitue un autre pilier. La présidente de la Commission a rappelé le coût de la dépendance européenne aux combustibles fossiles importés. Selon son estimation, la crise liée au conflit au Moyen-Orient et au blocage du détroit d’Ormuz aurait entraîné un surcoût d’environ 90 milliards d’euros.

Pour réduire cette exposition, l’Union veut produire davantage d’électricité en Europe et accélérer l’électrification. Elle vise un doublement de la part de l’électricité d’ici à 2040. Ursula von der Leyen estime que cette évolution pourrait diminuer de 260 milliards d’euros par an les importations de combustibles fossiles.

La Chine est l’autre dépendance mise en avant. Le déficit commercial de l’Union avec Pékin atteindrait environ un milliard d’euros par jour. Surtout, l’Europe reste très dépendante de la Chine pour de nombreuses matières premières critiques. La Commission souhaite donc créer une « Corporation européenne des matières premières critiques » afin de sécuriser les approvisionnements et de renforcer les réserves européennes.

Climat, intelligence artificielle et protection des citoyens

Ursula von der Leyen a présenté le changement climatique et l’intelligence artificielle comme deux transformations majeures. Elle a rappelé que l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde. Un futur cadre européen doit identifier les risques propres aux 100 territoires les plus vulnérables, notamment face aux canicules, aux sécheresses et aux inondations.

La Commission veut aussi créer une alliance pour l’assurance des risques climatiques, un plan contre les vagues de chaleur, une initiative sur l’eau et une flotte européenne de lutte contre les incendies. Ces dispositifs pourraient aider les territoires exposés. Leur efficacité dépendra cependant des financements disponibles et de la capacité des collectivités locales à les mettre en œuvre.

Sur l’intelligence artificielle, Ursula von der Leyen veut soutenir l’innovation tout en ralentissant la course aux modèles capables de s’améliorer eux-mêmes. Elle a annoncé davantage de capacités informatiques européennes et de financements pour les entreprises. Cinq secteurs sont ciblés : la santé, les transports, l’agroalimentaire, la fabrication avancée, ainsi que la défense et l’espace.

La Commission souhaite enfin renforcer la protection des mineurs en ligne. Le projet « EU Kids Act » prévoirait l’interdiction des réseaux sociaux avant 13 ans, l’absence de compte personnel avant 15 ans et une conception plus sûre des plateformes pour les 15-18 ans. Les entreprises devraient démontrer que leurs services sont sûrs. Cette inversion de la charge de la preuve renforcerait les obligations des plateformes, mais elle ouvrirait aussi un débat sur le contrôle de l’âge et la protection des données.

Migrations, démocratie et prochaines étapes

Sur les migrations, Ursula von der Leyen a défendu le pacte européen sur la migration et l’asile, entré en application le 12 juin. Elle a mis en avant une baisse de 55 % des arrivées irrégulières sur les deux dernières années. Après la crise de Ceuta, elle souhaite toutefois permettre des dérogations temporaires aux procédures habituelles dans certaines situations d’urgence. Frontex et les systèmes d’alerte seraient également renforcés.

La Commission veut aussi lutter contre les ingérences étrangères et la désinformation, qualifiées de « guerre cognitive ». Elle entend mieux coordonner les moyens européens et nationaux. Le respect de l’État de droit resterait une condition pour bénéficier des fonds européens, notamment dans le prochain budget.

Enfin, Bruxelles doit présenter de nouvelles feuilles de route pour les pays candidats à l’élargissement. Ursula von der Leyen a insisté sur le mérite et sur le caractère non négociable des valeurs européennes. En 2027, un Congrès de l’Europe doit réunir chercheurs, artistes, citoyens et représentants de la société civile pour réfléchir à l’avenir du continent.

Les prochaines étapes seront décisives. Il faudra vérifier quelles annonces deviendront des propositions législatives, quels financements seront mobilisés et quelle majorité se dégagera au Parlement européen et entre les États membres. Le projet de statut associé pour le Canada, la stratégie de sécurité, les mesures énergétiques et la protection des mineurs constitueront les premiers tests concrets de cette promesse d’indépendance européenne.

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