À Saint-Denis, une vidéo tronquée brouille le débat sur le soutien d’un maire aux lycéens mobilisés
Une vidéo accusant Bally Bagayoko d’avoir allumé une poubelle devant un lycée est contredite par des images plus longues. La polémique relance le débat sur les violences, les médias et le soutien politique aux mobilisations lycéennes.

À Saint-Denis, Bally Bagayoko conteste l’accusation d’avoir allumé une poubelle devant un lycée. Des images plus longues le montrent en train d’éloigner un conteneur déjà en feu des grilles. L’affaire alimente les tensions autour du mouvement lycéen, des violences, du rôle des médias et du soutien politique aux mobilisations.
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Une vidéo de quelques secondes peut-elle suffire à faire basculer une polémique politique ? À Saint-Denis, une séquence montrant le maire Bally Bagayoko près d’une poubelle en feu a rapidement circulé. Mais des images plus longues racontent une scène différente.
Une vidéo courte, deux interprétations opposées
La scène se déroule devant le lycée Bartholdi, à Saint-Denis, pendant un mouvement de blocage mené par des lycéens. Sur la vidéo largement relayée en ligne, Bally Bagayoko s’éloigne d’une poubelle enflammée. Des jeunes l’acclament et scandent son nom. L’élu sourit, puis rejoint le groupe avant d’esquisser quelques pas de danse.
Cette séquence, diffusée sans le début de la scène, a alimenté une accusation précise : le maire aurait participé aux débordements, voire allumé lui-même le feu. Des comptes politiques et des médias situés à droite ou à l’extrême droite ont repris cette lecture.
Des vidéos plus longues, diffusées mardi par Libération et L’Humanité, montrent toutefois un autre moment. La poubelle était déjà en flammes lorsque Bally Bagayoko s’en est saisi. Il l’a ensuite tirée à distance des grilles du lycée.
Une vérification publiée par TF1 Info reprend cette chronologie. Les images disponibles ne montrent donc pas le maire en train d’allumer la poubelle. Elles montrent plutôt un déplacement d’un objet déjà en feu.
Le maire dénonce des « mensonges »
Bally Bagayoko conteste fermement l’accusation. Mardi 29 septembre, il s’est rendu devant le lycée Paul-Éluard, dans la même ville, pour soutenir les élèves mobilisés.
« Ma construction personnelle est le fruit de ça, [subir] des fake news, des mensonges », a-t-il déclaré devant des journalistes. Puis il a ajouté : « Donc je n’ai pas de temps à perdre avec ça. »
Sur le terrain, l’élu a reproduit le geste observé devant le lycée Bartholdi. Il a déplacé une autre poubelle en feu afin de l’éloigner du portail de l’établissement. « Vous avez vu ce qui s’est passé là ? C’est exactement pareil », a-t-il expliqué.
Dès lundi soir, le maire avait dénoncé sur le réseau social X des accusations « grotesques ». Selon lui, elles visaient à nuire à l’image du mouvement lycéen. Il a également affirmé que la diffusion de ces extraits ne permettait pas de comprendre correctement la scène.
La polémique ne s’est pas limitée à la question de la poubelle. Des commentaires à caractère raciste visant l’élu et des lycéens ont également circulé sur les réseaux sociaux. Cette dimension a renforcé les tensions autour d’un mouvement déjà marqué par des affrontements verbaux et physiques.
Un mouvement lycéen sous tension
Les blocages concernaient plusieurs établissements en Île-de-France. Les élèves mobilisés dénonçaient notamment leurs conditions d’études, le manque de moyens et, plus largement, des choix politiques qu’ils jugent défavorables à la jeunesse.
Ces mobilisations ont aussi provoqué des dégradations. La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a évoqué un montant proche d’un million d’euros pour les dégâts causés par les blocages de lycées. La Région finance et entretient les bâtiments des lycées franciliens. Elle se retrouve donc directement exposée aux coûts de remise en état.
Pour les collectivités, les incendies de poubelles et les dommages causés aux grilles ou aux portails représentent une dépense immédiate. Pour les élèves et les familles, les blocages perturbent les cours et les transports. Les établissements situés dans les quartiers populaires peuvent, eux, subir plus fortement les conséquences d’une fermeture ou d’une intervention policière.
Le débat oppose donc deux réalités. D’un côté, des lycéens qui veulent rendre visibles leurs revendications. De l’autre, des personnels et des collectivités qui doivent assurer la sécurité des élèves, protéger les bâtiments et maintenir les cours.
La phrase sur la violence relance la controverse
Interrogé sur les tensions apparues devant certains établissements, Bally Bagayoko a aussi commenté l’usage de la force. Il a déclaré que « la violence peut être légitime », avant d’ajouter que « chaque fois qu’on peut l’éviter c’est mieux ».
Cette formulation a été immédiatement critiquée par ses opposants. Pour eux, un élu local ne peut pas relativiser les violences commises pendant un blocage. Ils estiment que le soutien politique aux lycéens doit s’accompagner d’une condamnation claire des incendies, des dégradations et des agressions.
Le maire replace, lui, ces événements dans un contexte de tensions avec les forces de l’ordre. Il a évoqué des tirs de lanceurs de balles de défense, souvent appelés LBD, lors d’épisodes survenus devant certains lycées. Son raisonnement est le suivant : la violence ne constitue pas une solution souhaitable, mais elle peut être comprise comme une réaction dans certaines situations.
Cette position ne convainc pas le gouvernement. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a répondu que « la violence n’est jamais légitime » et que rien ne pouvait la justifier. Le désaccord dépasse donc la seule scène filmée à Saint-Denis. Il porte sur la manière de répondre à une mobilisation de jeunes dans un contexte de défiance envers les institutions.
Une équipe de BFMTV agressée pendant la mobilisation
La polémique a pris une nouvelle tournure après un incident impliquant une équipe de BFMTV. La chaîne a annoncé avoir déposé plainte après l’agression de ses journalistes lors d’une manifestation de lycéens à Saint-Denis.
Une vidéo diffusée par Le Média montre des jeunes repousser l’équipe et lui demander de quitter la mobilisation. Une lycéenne justifie cette exclusion en déclarant : « On ne veut pas de médias racistes. » Bally Bagayoko a relayé la séquence sur X en répondant : « Elle a raison ! »
BFMTV a dénoncé une réaction qui, selon la chaîne, revient à approuver les violences contre ses journalistes. Le maire n’a pas directement condamné l’agression dans ce message. Cette absence de condamnation nourrit les critiques de ceux qui lui reprochent de soutenir le mouvement sans fixer de limites suffisamment nettes.
À l’inverse, ses soutiens estiment que la couverture médiatique des mobilisations est parfois hostile aux lycéens et aux quartiers populaires. Ils considèrent que la contestation contre certains médias ne doit pas être séparée du contexte de commentaires racistes et de vidéos sorties de leur cadre.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite dépendra d’abord de l’évolution des blocages et des éventuelles nouvelles dégradations. Les établissements concernés devront aussi préciser les conditions de reprise des cours et les mesures de sécurité retenues.
Sur le plan politique, les déclarations de Bally Bagayoko continueront d’alimenter l’affrontement entre La France insoumise, le gouvernement et la majorité régionale. La vidéo de la poubelle restera au centre de cette bataille, mais la controverse porte désormais sur un sujet plus large : jusqu’où un élu peut-il soutenir une mobilisation sans être tenu responsable des débordements qui l’accompagnent ?



