Face à la vie chère, Fabien Roussel mise sur les salaires et les retraites pour répondre aux difficultés des ménages
Le dirigeant communiste appelle à poursuivre la mobilisation et propose une hausse du Smic, des pensions et des salaires. Il défend aussi une baisse de la TVA sur l’énergie et refuse de retirer sa candidature à la présidentielle.

Fabien Roussel veut prolonger la mobilisation contre la vie chère et porter des mesures sur les revenus, dont une hausse du Smic de 15 %, des pensions et des salaires. Il propose aussi de réduire la TVA sur l’énergie, tout en maintenant sa candidature à la présidentielle malgré les appels à l’unité de la gauche.
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Comment payer les dépenses indispensables quand les revenus ne suivent pas ? Salaires, retraites, carburants : Fabien Roussel veut faire du pouvoir d’achat le moteur d’une mobilisation sociale et de sa campagne présidentielle.
Transformer la colère sociale en décisions budgétaires
Le secrétaire national du PCF, candidat à la présidentielle de 2027, appelle, mardi 3 novembre, à poursuivre les mouvements contre la vie chère. Il réclame des « mobilisations monstres » tant que le gouvernement n’entend pas le « cri de souffrance, de douleur, de colère » des retraités, salariés, travailleurs et chefs d’entreprise.
Son objectif immédiat : peser sur les débats budgétaires pour augmenter les pensions et relever le Smic de 15 %. Il demande également une conférence sociale, réunissant les représentants des salariés, des employeurs et les pouvoirs publics, pour négocier une hausse générale des rémunérations.
Cette offensive rencontre une difficulté bien réelle : ralentir l’inflation ne suffit pas à rendre leur aisance financière aux ménages. Dans son bilan de la consommation des ménages en 2025, l’Insee constate une hausse des prix limitée à 0,8 %. Pourtant, le pouvoir d’achat du revenu disponible recule de 0,4 %, et de 0,7 % par unité de consommation, une mesure tenant compte de la taille des foyers.
Autrement dit, une inflation plus faible ne garantit pas une amélioration du budget quotidien. C’est sur cet écart entre indicateurs économiques et difficultés vécues que le candidat communiste construit son argumentaire.
Une hausse du Smic qui ne règle pas toute la question salariale
La proposition de hausse de 15 % vise d’abord les salariés les moins rémunérés. Elle se distingue du fonctionnement habituel du Smic : son montant évolue notamment avec les prix supportés par les ménages modestes. Le gouvernement peut aussi décider d’une augmentation supplémentaire, couramment appelée « coup de pouce ». L’Insee détaille ces mécanismes dans sa présentation des règles de revalorisation du salaire minimum.
L’enjeu dépasse toutefois le seul plancher légal. Dans son rapport 2025, le groupe d’experts sur le Smic relève que de nombreux salaires supérieurs au minimum n’ont pas retrouvé tout leur pouvoir d’achat d’avant l’épisode inflationniste. Les écarts entre rémunérations se sont ainsi resserrés. Une augmentation du Smic ne signifie donc pas automatiquement une hausse équivalente pour les autres salariés.
Ces experts défendent une position différente de celle de Fabien Roussel. Ils ne recommandent pas d’augmentation au-delà des mécanismes légaux et alertent sur les risques pour l’emploi peu qualifié. Leur prudence privilégie la protection de l’emploi et la maîtrise du coût du travail ; le candidat communiste privilégie, lui, une progression immédiate des bas salaires.
La conférence sociale proposée aurait précisément à traiter cette tension : comment augmenter les rémunérations au-delà du minimum, et comment répartir l’effort ? Les négociations devraient distinguer les entreprises capables d’absorber une hausse et celles dont l’équilibre économique reste fragile, sans oublier les salariés situés juste au-dessus du Smic.
Carburants : soulager les factures sans confondre les leviers
Sur l’énergie, Fabien Roussel juge l’action publique insuffisante. Il critique le déstockage annoncé de dix millions de barils de gazole sur trois mois. Son illustration est directe : « On passe d’un plein à 100 euros à un plein à 90 euros. Cela reste hors de prix. » Il s’agit de son appréciation, pas d’une estimation démontrée de l’effet de cette mesure.
Les dépenses énergétiques représentent effectivement une charge importante. Selon les chiffres clés de l’énergie publiés par le ministère, les ménages ont consacré en moyenne 2 071 euros à l’énergie du logement et 1 673 euros aux carburants en 2024. L’ensemble de l’énergie représentait 9,3 % de leur budget.
Le candidat propose de baisser la TVA sur l’essence, le gaz et l’électricité. Mais ces produits ne relèvent pas tous des mêmes possibilités fiscales. La Commission européenne rappelle que les taux réduits concernent des catégories précisément définies. Une baisse ne dépend donc pas uniquement d’un choix budgétaire français : elle doit respecter le cadre européen des taux de TVA.
Une baisse générale sur les carburants soulève aussi une question de ciblage. À réduction identique par litre, l’avantage augmente avec la quantité achetée, sans distinguer le revenu ni la nécessité du déplacement. Le choix oppose donc un soulagement large à des aides davantage concentrées sur les ménages contraints de rouler.
Le PCF défend enfin la nationalisation de TotalEnergies, c’est-à-dire son passage sous contrôle public. Cette proposition changerait la propriété de l’entreprise, mais ne supprimerait pas la dépendance extérieure : la France importe presque toutes les énergies fossiles qu’elle consomme. Le pouvoir sur l’entreprise et la maîtrise des approvisionnements constituent deux enjeux distincts.
Jeunesse et présidentielle : deux autres rapports de force
Fabien Roussel rattache également les mobilisations lycéennes et étudiantes, engagées depuis la mi-septembre, à son diagnostic social. Il juge les réponses gouvernementales insuffisantes et demande davantage de moyens pour l’Éducation nationale. Il défend ainsi un soutien par les services publics, en complément des augmentations de revenus.
Reste la concurrence à gauche. Des élus lui reprochent de risquer d’empêcher Jean-Luc Mélenchon d’accéder au second tour. Leur argument privilégie la concentration des voix. Roussel défend, au contraire, une diversité de candidatures capable, selon lui, de convaincre des électeurs hésitants. Il exclut un retrait : « J’irai jusqu’au bout. »
Dans les prochaines semaines, le premier test sera budgétaire : quelles propositions trouveront une traduction dans les textes, avec quel financement et quels soutiens parlementaires ? Pour les ménages concernés, c’est ce passage de la revendication à la décision qui déterminera l’effet concret de la mobilisation.



