Hausse des salaires : le pari de la CGT peut-il soutenir le pouvoir d’achat sans fragiliser l’emploi ?
Sophie Binet défend une hausse immédiate de 10 % du smic et une revalorisation des salaires publics. La mobilisation intersyndicale du 5 novembre met en lumière le débat entre pouvoir d’achat, consommation et coût du travail.

La CGT, avec Sophie Binet, demande une hausse de 10 % du smic, une revalorisation des rémunérations publiques et une révision du budget. L’appel intersyndical du 5 novembre oppose deux priorités : soutenir le pouvoir d’achat et la consommation, tout en évitant que les entreprises, notamment les plus fragiles, réduisent leurs embauches ou leurs activités.
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Une hausse de salaire peut-elle remplir le réfrigérateur tout en soutenant l’emploi ? C’est le pari défendu par Sophie Binet avant la journée de grève et de manifestations du jeudi 5 novembre 2026.
La secrétaire générale de la CGT réclame une augmentation immédiate du smic de 10 %, une revalorisation des rémunérations publiques et une révision du budget. Derrière ces demandes, un désaccord économique central : faut-il d’abord soutenir les dépenses des ménages ou limiter les coûts des entreprises ?
Le 5 novembre, un front commun autour des salaires
La mobilisation dépasse la seule CGT. L’UNSA, la CFDT, la CGT, FO et la FSU ont annoncé ensemble cette journée nationale. Leur appel commun pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie fixe plusieurs priorités, sans les réduire au seul salaire minimum.
Interrogée le lundi 2 novembre, Sophie Binet souhaite réunir salariés du privé, fonctionnaires, retraités et jeunes. Elle annonce plus de 200 manifestations dans le pays. Elle évite toutefois de promettre une participation comparable aux rassemblements contre la réforme des retraites de 2023, dont elle souligne le caractère exceptionnel.
La CGT porte deux exigences principales. D’abord, augmenter les salaires, avec un coup de pouce immédiat au smic et au point d’indice. Ce dernier sert de base au calcul du traitement des fonctionnaires. Ensuite, modifier un projet de budget que la dirigeante syndicale juge défavorable aux travailleurs et aux services publics.
Ces revendications concernent des publics différents. Les salariés au minimum légal bénéficieraient directement d’une hausse du smic. Pour les autres, l’enjeu se déplacerait vers les négociations salariales. Les fonctionnaires, eux, attendent une décision portant sur leur propre système de rémunération.
Le pouvoir d’achat remonte, mais les écarts restent importants
Le débat intervient après plusieurs années de fortes tensions sur les budgets. Les données de l’Insee apportent cependant une nuance : en 2025, le salaire net moyen du privé a gagné 1,5 % après inflation. Il avait déjà progressé de 0,8 % en 2024, après deux années de recul.
Cette amélioration ne signifie pas que chaque salarié retrouve la même marge de manœuvre. Selon les données de l’Insee sur les salaires privés en 2025, la moyenne atteint 2 797 euros nets mensuels. Mais la moitié des salariés perçoit moins de 2 238 euros. Ces montants correspondent à un équivalent temps plein : ils ne représentent donc pas nécessairement la somme réellement touchée par une personne à temps partiel.
Autre différence : en 2025, les rémunérations les plus élevées ont augmenté davantage que les plus faibles. Une moyenne nationale peut ainsi progresser tout en laissant persister des difficultés dans le bas de l’échelle. C’est précisément ce public qu’une hausse du salaire minimum vise en premier.
Relancer la consommation : le raisonnement de la CGT
« Augmenter les salaires, au contraire, c’est relancer l’économie », soutient Sophie Binet. Son raisonnement repose sur la demande : avec davantage de revenus, les ménages pourraient acheter plus. Ces dépenses alimenteraient ensuite l’activité des entreprises.
La dirigeante oppose cette approche à la politique de l’offre menée sous Emmanuel Macron. Celle-ci cherche notamment à favoriser la production et l’investissement en réduisant certains coûts supportés par les entreprises. Selon elle, cette orientation a insuffisamment protégé les travailleurs.
Dans cette logique syndicale, les premiers bénéficiaires seraient les salariés concernés, puis les entreprises dont les ventes dépendent de leur consommation. Mais ce mécanisme ne suffit pas, à lui seul, à chiffrer le résultat d’une hausse de 10 %. Une synthèse de France Stratégie consacrée au salaire minimum souligne justement la diversité des ajustements possibles : emploi, heures travaillées, prix ou organisation du travail.
Le partage de l’effort constitue donc le cœur du débat. Une entreprise peut absorber une partie du coût dans ses marges. Elle peut aussi chercher à augmenter ses prix ou à modifier ses embauches. Le résultat dépend de sa situation, pas seulement du taux de hausse annoncé.
Petites entreprises et bas salaires : les objections à prendre en compte
Une voix contradictoire vient du groupe d’experts sur le smic. Dans son rapport du 25 novembre 2025, il recommandait de ne pas dépasser la revalorisation automatique prévue par la loi. Il invoquait notamment le ralentissement du marché du travail et le niveau du smic par rapport au salaire médian. Cette recommandation éclaire le désaccord, sans constituer une évaluation spécifique de la revendication actuelle.
Cette prudence vise à protéger l’accès à l’emploi, mais aussi les entreprises sensibles au coût du travail. Dans sa contribution au même rapport, l’Union des entreprises de proximité soulignait la fragilité des marges des artisans et commerces. Ces employeurs n’ont pas nécessairement les mêmes capacités d’absorption qu’un grand groupe.
Le rapport formule toutefois une autre critique : les aides publiques et les prélèvements peuvent freiner les progressions salariales. Quand le salaire augmente, certaines prestations diminuent. Le gain réellement disponible pour le ménage peut donc rester inférieur à la hausse affichée sur la fiche de paie. Les experts proposent notamment de mieux articuler ces dispositifs.
Le prochain test : la participation, puis les réponses concrètes
Pour Sophie Binet, la journée du 5 novembre doit transformer des difficultés dispersées en rapport de force commun. Elle lie ainsi les rémunérations à la défense des services publics. Les étudiants constituent un autre point de convergence : elle soutient leur demande de meilleures conditions d’études et réclame la fin de la sélection à l’entrée de l’université.
Le premier indicateur sera la participation effective aux grèves et aux manifestations du 5 novembre, au-delà des seuls rassemblements parisiens. Ensuite viendront les réponses : éventuelles annonces salariales, ouverture de négociations et modifications du projet de budget. C’est sur ces décisions que se mesurera la traduction concrète de la mobilisation.



