Après les élections en Israël, l’opposition peut-elle transformer son avance en majorité et infléchir les relations avec l’Europe ?
Les premières projections placent le bloc de Gadi Eisenkot devant la coalition de Benyamin Netanyahou, sans majorité absolue à la Knesset. Les négociations à venir détermineront qui gouvernera et si la relation avec l’Union européenne évolue.

Les premières projections donnent un léger avantage au bloc d’opposition conduit par Gadi Eisenkot, mais aucun camp ne disposerait des 61 sièges nécessaires pour gouverner seul. La formation du prochain gouvernement dépendra donc des alliances négociées après la publication des résultats définitifs. Son orientation pourrait aussi peser sur les relations avec l’Union européenne, déjà traversées
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Un vote peut-il changer le gouvernement sans dégager de majorité ? En Israël, les premières projections dessinent ce scénario : une opposition légèrement devant, mais incapable de gouverner seule.
Pour les électeurs, l’enjeu dépasse donc le classement des partis. Les négociations détermineront qui dirigera le pays, avec quels partenaires et quelles conséquences pour les relations avec l’Union européenne.
Une opposition en tête, mais loin des 61 sièges
Les Israéliens ont voté mardi 27 octobre 2026 pour renouveler les 120 membres de la Knesset, leur Parlement. Quelque 7,3 millions d’électeurs pouvaient participer, dont 600 000 nouveaux inscrits. Ce scrutin intervient trois ans après les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023.
Les premières estimations attribuent entre 52 et 53 sièges au « bloc du changement », emmené par le centriste Gadi Eisenkot. La coalition sortante de Benyamin Netanyahou en obtiendrait 50. Aucun des deux ensembles n’atteindrait donc les 61 sièges qui constituent une majorité absolue.
Le Likoud de Netanyahou pourrait néanmoins rester le premier parti, devant Yashar !, la formation d’Eisenkot. Il faut ainsi distinguer deux résultats : arriver premier parmi les partis et réunir assez d’alliés pour gouverner. Le premier ne garantit pas le second.
La mobilisation constitue l’autre fait marquant. À 10 heures, la participation atteignait 16,68 %, contre 15,9 % à la même heure en 2022. À 20 heures, elle montait à 74,3 %, un niveau inédit à cet horaire depuis 1988. Ce chiffre intermédiaire ne représente toutefois pas le taux définitif.
Ces projections restent provisoires. Les résultats officiels sont attendus dans les prochains jours, avec une première échéance annoncée autour du 30 octobre. D’ici là, quelques sièges peuvent modifier les combinaisons possibles.
Pourquoi les petits partis peuvent peser si lourd
Israël élit ses députés à la proportionnelle : les listes obtiennent des sièges en fonction de leur part des suffrages. Selon les règles électorales présentées par la Knesset, une liste doit franchir le seuil de 3,25 % des voix pour entrer au Parlement.
Ce mécanisme favorise la représentation de plusieurs courants, mais impose des alliances. Pour une petite formation, franchir le seuil signifie accéder aux négociations. Rester juste en dessous signifie perdre toute représentation, avec des conséquences possibles sur l’équilibre entre blocs.
Les premières estimations indiquent aussi une progression des partis arabes. Dans une assemblée sans majorité évidente, leurs sièges pourraient peser sur les possibilités d’alternance. Leur poids dépendra cependant des accords que les autres formations accepteront de conclure.
Le calcul permet de mesurer l’obstacle. Avec 52 ou 53 députés, le bloc d’Eisenkot resterait à huit ou neuf sièges d’une majorité absolue. Avec 50 élus, le camp Netanyahou en manquerait onze. Les deux ensembles auraient donc besoin de soutiens supplémentaires.
Pour les grandes formations, l’objectif consiste à obtenir la direction du gouvernement. Pour leurs partenaires potentiels, l’enjeu devient aussi programmatique : faire inscrire leurs priorités dans un accord. Le nombre de sièges compte, mais la capacité à accepter des compromis sera tout aussi décisive.
Le président arbitre, les négociations décident
Après consultation des représentants des partis, le président Isaac Herzog devra confier à un député la mission de former un gouvernement. Le chef du parti arrivé premier ne reçoit pas automatiquement ce mandat. La capacité à réunir des soutiens parlementaires guide le choix.
La procédure de formation du gouvernement israélien accorde au candidat désigné 28 jours pour réussir. Le président peut prolonger ce délai de 14 jours. Un échec peut ouvrir une nouvelle tentative, avant un éventuel retour aux urnes.
Le précédent de 2022 rappelle que cette étape peut durer. Cinquante-huit jours avaient séparé le scrutin de l’investiture du gouvernement Netanyahou, le 29 décembre. Pendant la transition, le Premier ministre en exercice reste à son poste.
Les intérêts des deux camps divergent donc immédiatement. L’opposition cherche à transformer son avance en alternance. Netanyahou peut, lui, tenter de conserver le pouvoir malgré le recul de son bloc. Mais une alliance construite uniquement contre un adversaire ne garantit pas un accord durable sur les politiques à conduire.
Avec l’Europe, des intérêts économiques et des désaccords politiques
Le résultat concerne aussi les entreprises et les citoyens européens. Selon les données commerciales de la Commission européenne, l’Union représentait 31,7 % du commerce israélien de marchandises en 2025. Les échanges atteignaient 43,3 milliards d’euros. À l’inverse, Israël représentait environ 0,8 % du commerce extérieur européen de biens.
Cette asymétrie donne à la relation européenne un poids particulier pour Israël. Les industriels, exportateurs et importateurs ont intérêt à préserver des échanges prévisibles. Les coopérations dépassent également le commerce : le cadre des relations entre l’Union européenne et Israël comprend notamment la recherche et les échanges universitaires.
Mais ces intérêts économiques ne résument pas le débat. L’Union soutient le droit d’Israël à se défendre dans le respect du droit international. Elle exige aussi la protection des civils et combat les violences de colons contre les Palestiniens. Elle a adopté des sanctions ciblées contre des individus et organisations responsables de graves atteintes aux droits humains.
Les effets diffèrent donc selon les acteurs. Pour les entreprises, l’enjeu porte notamment sur l’accès aux marchés. Pour les Palestiniens concernés par les violences en Cisjordanie, il porte sur leur sécurité et leurs droits. Les produits des colonies ne bénéficient d’ailleurs pas des préférences tarifaires accordées aux marchandises provenant d’Israël.
Une alternance ne suffirait pas, à elle seule, à régler ces désaccords. Le programme négocié et la composition du gouvernement compteront davantage que son étiquette. Les prochaines étapes à surveiller sont précises : la répartition définitive des sièges, les recommandations des partis au président, puis le choix du candidat chargé de bâtir une majorité.



