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ÉLECTIONS

Présidentielle écologiste 2027 : les Français face à une refonte des institutions et à une fiscalité plus juste

Les Écologistes veulent faire de la présidentielle 2027 un tournant institutionnel et fiscal. Leur projet mise sur moins de présidentialisme, plus d’État de droit et une transition écologique financée autrement.

Couloir clair d’un bâtiment institutionnel français, porte sobre et salle d’audition vide en arrière-plan

Une présidentielle pensée comme une rupture institutionnelle

Et si le prochain quinquennat commençait par une question simple : faut-il encore laisser tout l’équilibre politique tourner autour d’un seul homme, ou d’une seule femme ? C’est ce que veulent remettre en cause les Écologistes, qui préparent la présidentielle de 2027 en misant sur une refondation des institutions.

Le parti de Marine Tondelier avance une idée nette : construire une « Première République écologique et citoyenne ». L’objectif est de sortir du présidentialisme, c’est-à-dire d’un système où l’élection du chef de l’État pèse très lourd sur toute la vie politique. Dans la Ve République, le président dispose déjà d’un rôle central, et la Constitution fait de lui le garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire, comme le rappelle l’article 64 de la Constitution.

Les Écologistes ne partent pas de zéro. En France, le débat sur une VIe République revient régulièrement quand le pouvoir exécutif apparaît trop dominant. Le régime a été renforcé par l’élection du président au suffrage universel direct en 1962, un tournant souvent décrit comme l’un des moteurs du présidentialisme français. Vie publique rappelle que cette réforme a profondément modifié l’équilibre des pouvoirs.

Ce que proposent les Écologistes

Le cœur du projet tient en quelques mots : moins d’hyperprésidence, plus de contre-pouvoirs. Le parti veut « sacraliser l’indépendance de la justice » et inscrire dans la Constitution des éléments jugés indispensables à la vie commune. En clair, il s’agit de donner une place plus forte à des principes qui ne dépendraient plus seulement des majorités du moment.

Cette orientation rejoint, par certains aspects, le débat porté depuis des années par La France insoumise autour d’une VIe République. Mais les Écologistes l’adossent à un autre mot-clé : la protection de l’État de droit. Pour eux, ce cadre est attaqué politiquement et médiatiquement, et il faut le renforcer plutôt que le fragiliser.

Le texte présenté le 13 juillet s’inscrit aussi dans une stratégie de campagne autonome. Après le choix des militants socialistes d’écarter l’idée d’une primaire unitaire hors LFI, Marine Tondelier a obtenu début juillet le soutien de principe des adhérents à une candidature écologiste distincte. Le parti veut donc avancer seul, tout en cherchant à occuper un espace clair à gauche : celui de la refondation démocratique et écologique.

Fiscalité verte : qui paierait, qui gagnerait ?

Sur le terrain économique, le parti défend une « prospérité écologique ». L’idée est simple à formuler, plus difficile à mettre en œuvre : faire payer davantage ceux dont les modes de vie ou les patrimoines pèsent le plus sur le climat, tout en protégeant les ménages modestes et les classes moyennes. C’est là que la proposition devient concrète.

Les Écologistes parlent d’une « fiscalité verte et juste » avec plusieurs pistes : un ISF climatique, une TVA verte, ou une transformation de la fiscalité des transports. Le signal politique est clair : l’avion doit coûter plus cher, le train moins cher. Le bénéficiaire visé est double. D’un côté, les ménages qui ont besoin d’alternatives moins chères. De l’autre, les secteurs sobres en carbone, en particulier le rail, qui pourraient être favorisés par ce rééquilibrage.

Mais la mécanique fiscale n’est jamais neutre. Depuis 2018, l’ISF a été remplacé par l’IFI, centré sur l’immobilier, comme le prévoit le code général des impôts et comme le rappelle Légifrance. Revenir vers un impôt sur le patrimoine financier ou vers une taxation climatique du capital reviendrait donc à rouvrir un vieux front politique : celui de la contribution des plus riches à l’effort collectif.

Pour les écologistes, l’argument est social autant qu’environnemental. Ils veulent éviter qu’une transition verte repose surtout sur les ménages modestes, qui ont moins de marge pour changer de voiture, isoler leur logement ou payer des déplacements plus chers. À l’inverse, les contribuables les plus aisés et certains secteurs dépendants des énergies fossiles seraient mis davantage à contribution.

Une transition qui divise aussi dans le monde du travail

Dans cette bataille, la question n’est pas seulement idéologique. Elle est très matérielle. Taxer davantage l’avion ou le capital peut financer le train, la rénovation thermique ou les transports collectifs. Mais cela peut aussi peser sur certaines entreprises, sur l’emploi dans les filières concernées, ou sur des territoires déjà dépendants d’activités carbonées.

Les syndicats réformistes insistent depuis plusieurs années sur un point : on ne transforme pas l’économie contre les travailleurs. La CFDT défend ainsi l’idée qu’une transition écologique doit rester juste socialement et s’appuyer sur le dialogue social, notamment dans les entreprises et les branches. Elle souligne aussi que les salariés subissent déjà les effets du dérèglement climatique et qu’il faut donc organiser l’adaptation, pas seulement la contrainte. Cette position bénéficie surtout aux salariés des secteurs exposés, qui demandent des garanties sur l’emploi, la santé au travail et les mobilités.

Du côté patronal, le cadrage est plus prudent. Le Medef, dans une étude commune avec BusinessEurope, insiste sur les effets de la transition énergie-climat sur la compétitivité des entreprises européennes. Son angle est différent : il faut décarboner, oui, mais sans perdre en capacité de production face aux États-Unis ou à la Chine. Cette ligne profite surtout aux entreprises qui redoutent une hausse du coût du travail, de l’énergie ou de la fiscalité, et qui veulent des mesures graduelles, harmonisées à l’échelle européenne. Le Medef met d’ailleurs en avant ce lien entre décarbonation et compétitivité.

Ce face-à-face résume bien le dilemme des écologistes : comment rendre la transition lisible pour les électeurs, sans braquer les acteurs économiques ? Leur réponse est de distinguer les plus riches, appelés à changer davantage, et le reste de la société, qu’il faut protéger. Mais cette distinction, politiquement forte, devra être traduite en arbitrages précis si le projet veut dépasser la déclaration d’intention.

Une méthode participative, et un test politique à venir

Le parti assure avoir bâti ce programme pendant dix mois, à partir de 50 000 propositions individuelles et de consultations de think tanks, de syndicats, de chercheurs, d’associations et de hauts fonctionnaires. Cette méthode vise à donner du corps à un projet souvent accusé d’être trop théorique. Elle permet aussi de montrer que l’écologie politique ne se limite plus à l’environnement, mais touche aussi la démocratie, la justice et l’organisation de l’État.

Le prochain test sera stratégique. Marine Tondelier doit encore arrêter la ligne définitive de son mouvement pour 2027, après avoir convoqué son conseil fédéral afin de discuter de la stratégie présidentielle. Le point clé à surveiller est là : les Écologistes peuvent-ils transformer ce projet institutionnel en offre politique crédible, dans un paysage où la gauche est fragmentée et où la question sociale reste décisive ?

Si ce pari réussit, ils pourront imposer un récit simple : changer les règles du pouvoir pour rendre possible la transition écologique. S’il échoue, la « Première République écologique et citoyenne » restera surtout comme une plateforme de campagne ambitieuse, mais difficile à faire entrer dans le réel.

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