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INSTITUTIONS

Quand l’extrême droite Europe pèse sur les lois, les citoyens paient le prix d’alliances de plus en plus assumées

Dans plusieurs pays et au Parlement européen, l’extrême droite sort de la marginalité. Son influence grandit aussi dans les votes clés sur l’immigration et les équilibres institutionnels.

Rédaction française en préparation d’un sujet sur les institutions européennes, avec écrans flous, micro et carnet de notes.

Quand l’extrême droite cesse d’être un outsider

Pour un électeur européen, la question n’est plus seulement de savoir si l’extrême droite progresse. Elle est déjà là. Dans plusieurs pays, elle gouverne ou pèse directement sur les majorités. À Strasbourg aussi, elle ne reste plus au bord du jeu : elle pèse désormais dans les votes clés du Parlement européen.

Ce basculement change la politique européenne de fond en comble. Le vieux « cordon sanitaire » — cette règle non écrite qui tenait l’extrême droite à distance — s’effrite. À sa place, une logique plus simple s’impose : dès qu’une majorité manque, le centre-droit va chercher des voix à sa droite. Ce mouvement profite d’abord au Parti populaire européen, qui peut faire passer des textes avec les groupes conservateurs et souverainistes. Il profite aussi aux formations d’extrême droite, qui gagnent en respectabilité institutionnelle.

En Europe, la droite dure s’installe dans les institutions

Dans l’Union européenne, les groupes situés à l’extrême droite ne forment pas un bloc unique. Mais additionnés, ils pèsent lourd. Le groupe ECR, les Patriotes pour l’Europe et l’Europe des nations souveraines réunissent ensemble 196 députés européens. Ils restent derrière le PPE, mais leur poids suffit à faire basculer des votes.

Leur influence ne se limite pas aux chiffres. Elle passe aussi par les postes. La commission Agriculture est présidée par Veronika Vrecionová, la commission Budgets par Johan Van Overtveldt et la commission Pétitions par Bogdan Rzońca. Ces trois commissions comptent, parce qu’elles touchent à l’argent public, à la politique agricole et au droit des citoyens à saisir le Parlement.

À Bruxelles, cela change l’équilibre des forces. La droite classique n’a plus besoin d’alliés centristes ou écologistes pour tout faire passer. Elle peut choisir, dossier par dossier, une « majorité de droite » avec l’extrême droite. Cette formule sert surtout sur les sujets les plus sensibles : migrations, sécurité, budget, industrie, climat. Elle bénéficie à ceux qui veulent aller plus vite et plus dur. Elle fragilise ceux qui défendent les contre-pouvoirs, les compromis et les garanties juridiques.

Le vote sur les retours, symbole d’un nouveau rapport de force

Le 26 mars 2026, le Parlement européen a ouvert la voie à une refonte du règlement sur les retours, c’est-à-dire les expulsions de ressortissants de pays tiers en situation irrégulière. Le texte a été adopté par 389 voix pour, 206 contre et 32 abstentions. Il permet de lancer les négociations avec le Conseil de l’UE.

Sur le fond, la réforme durcit le cadre. Elle prévoit notamment des procédures plus rapides, la reconnaissance plus large des décisions d’un État membre dans un autre, et la possibilité de « return hubs » hors de l’Union, sur la base d’accords avec des pays tiers. La version finalement soutenue par le Parlement et le Conseil a ensuite confirmé l’idée de centres de retour dans des pays tiers respectant, en théorie, les droits humains et le principe de non-refoulement.

Les défenseurs du texte disent viser un système plus crédible. La Commission soutient depuis mars 2025 qu’il faut un cadre européen plus cohérent pour améliorer l’exécution des décisions de retour. Elle met en avant l’échec partiel du système actuel, avec un faible taux d’exécution des décisions d’éloignement.

Mais les critiques voient autre chose. Amnesty International, les Verts et de nombreuses ONG dénoncent une logique de détention et d’expulsion plus punitive. Ils pointent le risque d’une mise à l’écart des garanties procédurales et d’une externalisation des expulsions vers des pays tiers. Autrement dit, le texte profite aux gouvernements qui veulent afficher de la fermeté. Il inquiète les associations qui défendent les droits des personnes concernées, surtout quand elles n’ont ni ressources juridiques, ni réseau, ni accès rapide à un avocat.

Trump, Vox et les réseaux transatlantiques : une caisse de résonance politique

L’extrême droite européenne ne se contente plus de coopérer entre partis nationaux. Elle s’adosse à des réseaux plus larges, souvent transatlantiques. La CPAC, grande rencontre de la droite dure américaine, a pris une dimension internationale. Des responsables de l’AfD, de Vox, du Rassemblement national, de Fidesz, de Fratelli d’Italia, de Chega ou du Vlaams Belang y ont pris part ces dernières années.

Ce n’est pas qu’un décor. Ces rendez-vous servent à diffuser des thèmes communs : rejet de l’immigration, guerre culturelle, dénonciation du multilatéralisme, offensive contre les droits des femmes et des minorités, climatoscepticisme. Ils offrent aussi un espace pour faire circuler des méthodes de campagne, des récits politiques et des techniques de communication numérique. Le bénéfice est clair pour les partis concernés : ils gagnent en visibilité, en cohérence idéologique et parfois en moyens. Le risque, pour leurs adversaires, est de voir s’installer une droite radicale mieux coordonnée que par le passé.

Vox joue ici un rôle particulier. Le parti espagnol sert de plateforme de liaison avec le Foro Madrid, lancé en 2020. Ce réseau relie des formations européennes et latino-américaines hostiles à la gauche, au féminisme et à l’écologie. Là encore, il ne s’agit pas d’un parti unique, mais d’un écosystème. Son atout principal est de donner à des familles politiques dispersées une grammaire commune.

Ce que cela dit de l’Europe d’aujourd’hui

La montée de l’extrême droite ne tient pas seulement à une poussée électorale. Elle s’appuie sur des fractures plus profondes : pouvoir d’achat, sentiment de déclassement, crise migratoire, défiance envers les partis traditionnels et lassitude face à la lenteur européenne. Dans ce contexte, le discours d’ordre, de protection et de fermeture trouve un terrain favorable. Il séduit d’abord les électeurs inquiets. Il sert ensuite les formations qui veulent déplacer tout le débat vers la sécurité et l’identité.

Mais cette dynamique ne profite pas à tout le monde de la même façon. Les grandes formations de droite y gagnent un levier tactique. Les petits pays ou les partis sans groupe puissant y perdent souvent de l’influence. Les citoyens les plus exposés aux politiques migratoires restrictives en subissent, eux, les conséquences les plus directes. Et, sur le climat, les industriels les plus exposés aux règles européennes ont davantage à gagner qu’une société civile qui voit reculer les normes de protection.

La prochaine séquence sera décisive. Le Parlement et le Conseil doivent encore finaliser le règlement sur les retours. En parallèle, la mise en œuvre du pacte européen sur la migration et l’asile doit monter en puissance à l’été 2026. C’est là que se verra si la nouvelle majorité de droite reste un outil ponctuel ou devient une méthode durable de gouvernement européen.

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